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Électronique AM2 (2ᵉ année) · Chapitre 3

Chapitre 3 — ALI en régime linéaire

Présentation générale de l'ALI (brochage, alimentation symétrique, régimes linéaire/saturé), le modèle de l'ALI idéal « de gain infini », et les 5 montages fondamentaux (suiveur, non inverseur, inverseur, intégrateur, dérivateur). Les 14 questions du cours sont résolues intégralement, avec les écarts possibles à la réponse linéaire (saturations en tension et en courant). AM2 · P2030 · Semestre 3 — D. Courtois, 17/09/2026.

Sommaire du chapitre
Cours — Ch3 — L'amplificateur linéaire intégré (ALI) en régime linéaire

1. Présentation générale d'un Amplificateur Linéaire Intégré (ALI)

1.1 · Le brochage de l'ALI

Définition Un ALI est un circuit intégré (une « boîte noire ») actif, constitué en interne de résistances, condensateurs et transistors.

Trois broches principales définissent son fonctionnement électrique :

Selon le montage, le signal d'entrée est appliqué directement sur l'entrée (+) (\(e=v_+\)) ou (−) (\(e=v_-\)), ou indirectement. On note \(\varepsilon=v_+-v_-\) la tension différentielle d'entrée.

L'ALI étant actif, il a besoin d'un apport d'énergie pour fonctionner : il est alimenté, le plus souvent par une source de tension idéale continue symétrique \(+15\text{ V}/-15\text{ V}\). Trois broches supplémentaires apparaissent donc autour de l'ALI :

Piège Ne jamais confondre les entrées (+) et (−) avec les arrivées \(+V_{CC}\) et \(-V_{CC}\) de l'alimentation — ces dernières ne sont généralement pas représentées sur les schémas électroniques.
Schéma annoté de l'ALI : entrées i+/i-, epsilon, sortie is, alimentations +/-15V
Notations du cours : \(i_+,i_-\) courants d'entrée, \(\varepsilon=v_+-v_-\), \(i_s\) courant de sortie, alimentation symétrique \(\pm15\) V.

Schémas conventionnels : en rectangle ou en triangle, avec (+) et (−) pas toujours dans le même ordre d'un schéma à l'autre — il faut toujours vérifier sur le dessin lui-même.

Brochage officiel du boîtier DIP8 de l'ALI (type LM741)
Brochage DIP8 d'un ALI type LM741 : 1/5 réglage offset, 2 entrée (−), 3 entrée (+), 4 alim \(-15\) V, 6 sortie, 7 alim \(+15\) V, 8 inutilisée. Au labo ECAM : ALI LM741 monté sur platine.
✏️ Q1 — Attribuer à chaque borne de l'ALI les bonnes fiches de la platine ♦

Attribuer à chaque borne de l'ALI les bonnes fiches de la platine utilisée au labo de l'ECAM.

Photo de la platine ALI du labo ECAM, fiches +15V/0V/-15V et symbole du triangle ALI imprimé
Platine « Amplificateur opérationnel » du labo ECAM : rails d'alimentation en haut (\(+15\) V, \(0\) V, \(-15\) V), triangle ALI imprimé au centre (entrée « − » en haut, entrée « + » en bas d'après le symbole), fiches banane à relier de part et d'autre.

En comparant le brochage DIP8 officiel (ci-dessus) au triangle ALI imprimé sur la platine, chaque broche du boîtier doit être reliée par un fil à la fiche de même rôle électrique :

Broche DIP8RôleFiche de la platine à relier
2entrée (−)fiche « − » (entrée du triangle imprimé, en haut)
3entrée (+)fiche « + » (entrée du triangle imprimé, en bas)
6sortie \(v_s\)fiche de sortie, à droite du triangle imprimé
7alim \(+V_{CC}\)rail « +15 V » en haut de la platine
4alim \(-V_{CC}\)rail « −15 V » en haut de la platine
masse du montageréférence \(0\) Vrail « 0 V » (bus noir en bas de la platine)
1, 5réglage offsetnon utilisées en usage standard au labo
8inutilisée—
Chaque broche 2/3/6 (entrées et sortie du signal) se relie aux fiches du triangle imprimé sur la platine, et les broches d'alimentation 4/7 + la masse se relient aux trois rails du haut (\(+15\) V, \(0\) V, \(-15\) V). Les broches 1, 5 et 8 restent libres.

1.2 · ALImentation

Au labo : l'alimentation symétrique est obtenue en branchant en série deux sources \(0\)–\(30\) V (bouton de gauche du « slave » enfoncé, bouton de droite du « master » remonté), et en plaçant la masse (fil noir) entre les deux sources. En ajustant la différence de potentiel du master à \(15\) V, l'entrée du slave se retrouve à \(-V_{CC}=-15\) V (fil bleu) et la sortie du master à \(+V_{CC}=+15\) V (fil rouge).

Piège La masse ainsi obtenue est flottante : ce n'est pas la « terre » GND du secteur.
Règle de manipulation Il faut toujours alimenter l'ALI avant d'injecter un signal d'entrée, et toujours couper le signal d'entrée avant de couper l'alimentation. Dans un montage à ALI, les masses de tous les composants doivent être reliées à la masse de l'alimentation symétrique.

1.3 · Deux régimes de fonctionnement de l'ALI : linéaire (stable) ou saturé (instable)

Un montage à ALI peut être instable, car ce composant est actif. Un signal de sortie ne pouvant jamais vraiment diverger, un système instable donne une réponse dans un état saturé \(s=\pm V_{sat}\approx\pm V_{CC}\), sans relation linéaire avec l'entrée. Sinon, quand le système est stable, la réponse de l'ALI est linéaire.

Piège Ne pas confondre le gain différentiel intrinsèque de l'ALI \(A_d=v_s/\varepsilon\) avec le gain du montage \(H=v_s/v_e\) — ce dernier dépend des composants externes (résistances, etc.) ajoutés autour de l'ALI, pas seulement du composant lui-même.

Une boucle de rétroaction sur la borne inverseuse (−) stabilise le montage et permet le fonctionnement de l'ALI en régime linéaire. Cette rétroaction négative se traduit par une connexion entre la borne de sortie et la borne (−), par une branche (fil(s), résistance(s), condensateur(s)).

L'absence de rétroaction sur la borne (−) déstabilise le montage et entraîne le fonctionnement en régime saturé. Cela se traduit soit par l'absence de connexion entre la sortie et les entrées, soit par une rétroaction positive sur (+) (sortie et borne (+) connectées par une branche).

✏️ Q2 — Réponse réelle \(v_s=f(\varepsilon)\) : gain \(A_d\) et zones de saturation/linéarité ♦

Visualiser sur le graphique le gain \(A_d\), ainsi que les domaines de saturation et de linéarité.

Autour de \(\varepsilon=0\), la caractéristique \(v_s=f(\varepsilon)\) est une droite de pente \(A_d\) (régime linéaire) ; dès que \(v_s\) atteint \(\pm V_{sat}\), la courbe devient horizontale (régime saturé), car \(v_s\) ne peut physiquement pas dépasser les tensions d'alimentation.

eps v_s +Vsat -Vsat pente = Ad zone saturee zone saturee zone lineaire Q2 - Reponse reelle vs=f(eps) : gain Ad + zones
Pente \(A_d\) au voisinage de \(\varepsilon=0\) (zone linéaire, en vert) ; paliers \(\pm V_{sat}\) dès que \(|\varepsilon|\) devient trop grand (zones saturées, en rouge).
La zone linéaire est la portion oblique de pente \(A_d\) autour de \(\varepsilon=0\) ; les zones saturées sont les deux paliers horizontaux \(v_s=+V_{sat}\) et \(v_s=-V_{sat}\) de part et d'autre.
Remarque S'il y a rétroaction sur les deux entrées (−) et (+) à la fois, on ne peut pas savoir « au premier coup d'œil » si le régime de fonctionnement est linéaire ou saturé : la prédiction nécessite un examen plus approfondi (voir fin du Ch4).
✏️ Q3 — Prédire le régime (linéaire ou saturé) de 4 montages ♦♦

Prédire pour chaque montage ci-dessous si l'ALI fonctionne en régime linéaire ou saturé.

Quatre montages à ALI à analyser : sommateur, comparateur ouvert, suiveur, montage à diode/condensateur
Quatre montages à examiner. Le seul critère qui compte : où va la rétroaction ? (peu importe l'apparence globale, simple ou complexe, du reste du circuit.)

Montage 1 (à gauche) — trois entrées \(v_1,v_2,v_3\) via des résistances \(R\), plus une résistance de contre-réaction \(R\) entre la sortie et ce même nœud d'entrée.

La résistance de contre-réaction relie uniquement la sortie à l'entrée (−) (nœud commun aux trois résistances d'entrée). Régime linéaire, quel que soit le détail des branches \(v_1,v_2,v_3\) : seule compte la destination de la rétroaction.

Montage 2 (haut, au centre-gauche) — \(V_+\) et \(V_-\) imposés directement et indépendamment sur les deux entrées, sortie \(v_s\) non reconnectée.

Aucune rétroaction entre la sortie et les entrées (comparateur en boucle ouverte). Régime saturé.

Montage 3 (haut, au centre-droit) — \(v_e\) directement sur une entrée, boucle reliant la sortie directement à l'autre entrée.

La boucle relie la sortie à l'entrée (−) (montage suiveur, non nommé comme tel dans l'énoncé mais topologiquement identique à celui du §3.1). Régime linéaire — c'est le cas « piège » du QCM : il a l'air différent du suiveur habituel mais c'est exactement le même montage.

Montage 4 (à droite) — réseau diode + condensateur sur une branche, résistance \(R_2\) rebouclant la sortie vers cette même branche.

La résistance \(R_2\) reboucle la sortie vers l'entrée (+) (à travers le réseau diode/condensateur) : c'est une rétroaction positive. Régime saturé — ce montage est en réalité un multivibrateur astable/oscillateur de relaxation, hors programme de ce chapitre (étudié plus en détail en fin de Ch4).

2. Un ALI idéal plus simple que l'ALI réel

2.1 · Le modèle de l'ALI idéal

Modèle de l'ALI idéal \(i_+=i_-=0\) (résistance d'entrée \(R_{entrée}\to\infty\)) et \(v_s\) n'est pas affectée par \(i_s\) (résistance de sortie \(R_{sortie}\to0\)).

En réalité, \(i_e\approx10^{-8}\)–\(10^{-11}\) A, soit \(R_{entrée}\approx10^{9}\)–\(10^{12}\ \Omega\), et \(R_{sortie}\approx10\ \Omega\) : le modèle idéal est donc une bonne approximation.

Remarque — outil clé La relation \(i_+=i_-=0\) incite à utiliser la loi des nœuds aux entrées (+) et (−), exprimée avec les potentiels \(v_+\) et \(v_-\) respectivement : c'est le théorème de Millman (aussi appelé « LNTP », loi des nœuds en termes de potentiels).

2.2 · Le modèle de l'ALI idéal de gain infini (adopté par défaut)

On ajoute une seconde hypothèse : \(A_d\to\infty\). On obtient alors :

✏️ Q4 — Courbe \(v_s=f(\varepsilon)\) pour l'ALI idéal « de gain infini » ♦

Tracer la courbe \(v_s=f(\varepsilon)\) (similaire à celle de Q2) dans le cas d'un ALI idéal « de gain infini ».

Quand \(A_d\to\infty\), la pente de la zone linéaire (Q2) devient infinie : la zone linéaire se réduit à un unique segment vertical en \(\varepsilon=0\). On obtient une caractéristique en créneau (fonction signe), typique d'un comparateur idéal.

eps v_s +Vsat -Vsat Q4 - ALI ideal de gain infini : echelon en eps=0
À la limite \(A_d\to\infty\), la droite de pente \(A_d\) devient un saut vertical en \(\varepsilon=0\) : \(v_s=-V_{sat}\) pour \(\varepsilon<0\), \(v_s=+V_{sat}\) pour \(\varepsilon>0\).
\(\boxed{\ v_s=+V_{sat}\text{ si }\varepsilon>0\ ;\quad v_s=-V_{sat}\text{ si }\varepsilon<0\ }\) — la zone linéaire n'existe plus qu'au point \(\varepsilon=0\) exactement.

En réalité \(A_d\approx2\times10^{5}\), soit \(\varepsilon\approx10^{-4}\) V en régime linéaire pour des tensions de sortie usuelles : le modèle « de gain infini » est donc lui aussi une bonne approximation.

Remarque — modèle de gain dynamique Le modèle simple de gain infini permet d'étudier l'essentiel des montages, mais un modèle de gain plus sophistiqué est nécessaire pour comprendre certains phénomènes, notamment les comportements à hautes fréquences. On utilise alors un modèle de « gain dynamique », de type filtre passe-bas du premier ordre : \[ \underline{A_d}(j\omega)=\frac{\mu_0}{1+j\omega/\omega_0}\ ,\qquad \omega_0\approx10^{2}\text{ rad/s}. \]
✏️ Q5 — Schéma équivalent de l'ALI réel : différences avec l'ALI idéal de gain infini ♦♦

Le schéma équivalent d'un ALI réel est donné ci-contre. Discuter des différences avec un ALI idéal de gain infini.

Schéma électrique équivalent de l'ALI réel : Re, Voff, Ie+, Ie-, gain mu0.vd, impédance de sortie Zs
Modèle équivalent de l'ALI réel : résistance d'entrée \(R_e\) finie, source de décalage \(V_{off}\), courants de polarisation \(I_{e+}\), \(I_{e-}\), source dépendante \(\mu_0 v_d\) en série avec une impédance de sortie \(Z_s\).

En comparant terme à terme avec les deux hypothèses du modèle idéal de gain infini (§2.1–2.2) :

GrandeurModèle idéal (gain infini)ALI réel (schéma ci-dessus)
Résistance d'entrée \(R_e\)\(\to\infty\)finie (\(\approx10^9\)–\(10^{12}\ \Omega\))
Courants de polarisation \(I_{e+},I_{e-}\)nulsnon nuls, résiduels (\(\approx10^{-8}\)–\(10^{-11}\) A)
Tension de décalage \(V_{off}\)nullenon nulle (dissymétrie interne du composant)
Gain différentiel \(\mu_0\)\(\to\infty\)fini (\(\approx2\times10^5\))
Impédance de sortie \(Z_s\)\(\to0\)non nulle (\(\approx\)qq dizaines de \(\Omega\))
Le modèle idéal de gain infini néglige cinq écarts réels de l'ALI : une résistance d'entrée finie, des courants de polarisation résiduels, une tension de décalage \(V_{off}\) (compensable via les broches de réglage offset, §1.1), un gain fini (donc \(\varepsilon\) jamais rigoureusement nul), et une impédance de sortie non nulle (donc \(v_s\) légèrement sensible à la charge \(i_s\)). Ces écarts sont numériquement négligeables dans l'immense majorité des cas pratiques — d'où la pertinence du modèle idéal par défaut.

3. Principaux montages en régime linéaire (\(\varepsilon=0\Leftrightarrow v_+=v_-\))

3.1 · Le montage suiveur

Montage suiveur : sortie reliée directement à l'entrée -, entree + relié à ve
Montage suiveur : la sortie est reliée directement (fil, sans composant) à l'entrée (−) ; \(v_e\) est appliquée sur l'entrée (+).
✏️ Q6 — Montrer que \(v_s=v_e\) pour le montage suiveur ♦

En utilisant les relations du modèle de l'ALI idéal de gain infini, montrer que pour un montage suiveur \(v_s=v_e\) (donc \(H=1\)).

La borne (+) reçoit directement \(v_e\) : \(v_+=v_e\). Le fil reliant la sortie à la borne (−) impose \(v_-=v_s\). La rétroaction se fait exclusivement sur (−), donc l'ALI fonctionne en régime linéaire (§1.3), ce qui donne \(v_+=v_-\) :

\[ v_e=v_+=v_-=v_s \]
\[ \boxed{\ v_s=v_e\ ,\quad H=\frac{v_s}{v_e}=1\ } \]
✏️ Q7 — Intérêt du suiveur : tension \(u_0\) aux bornes d'une résistance de charge \(R_0\) ♦♦

En exprimant la tension \(u_0\) aux bornes d'une résistance de charge \(R_0\) pour deux configurations différentes (sans ou avec un montage suiveur inséré), réfléchir à l'intérêt d'un tel montage au labo, quand on utilise une source de tension réelle, ou quand on connecte des filtres passifs analogiques en cascade.

Comparaison sans/avec suiveur : générateur réel E,r branché directement sur R0, puis via un suiveur
À gauche : générateur réel \((E,r)\) directement chargé par \(R_0\). À droite : le même générateur, avec un suiveur inséré entre lui et \(R_0\).

Sans suiveur (générateur réel \(E,r\) directement relié à \(R_0\)) : un courant \(i=E/(R_0+r)\) circule dans la maille, et \(u_0\) est donnée par un pont diviseur de tension :

\[ u_0=E\cdot\frac{R_0}{R_0+r} \]

Cette tension \(u_0\) dépend de \(R_0\) : le générateur réel est « chargé » par \(R_0\), sa tension de sortie chute d'autant plus que \(R_0\) est faible (comparable à \(r\)).

Avec suiveur inséré entre le générateur et \(R_0\) : l'entrée (+) du suiveur, de résistance d'entrée infinie (\(i_+=0\)), ne tire aucun courant du générateur \((E,r)\) — il n'y a donc aucune chute de tension dans \(r\), et \(v_e=E\) exactement (pas de division de tension). D'après Q6, \(v_s=v_e=E\). L'ALI ayant une résistance de sortie nulle (modèle idéal), cette tension \(v_s=E\) est ensuite délivrée à \(R_0\) sans chute supplémentaire, quel que soit le courant demandé par \(R_0\) :

\[ u_0=v_s=E,\qquad\text{indépendamment de }R_0\text{ et de }r. \]
Intérêt du suiveur : adaptation d'impédance (« tampon », buffer). Il isole électriquement une source (impédance de sortie \(r\) quelconque) d'une charge \(R_0\), sans jamais les faire interagir : la charge ne « voit » jamais la résistance interne de la source. Au labo, ceci évite qu'une source de tension réelle ne soit faussée par la résistance qu'on lui connecte ; c'est aussi indispensable pour connecter des filtres passifs analogiques en cascade (Ch1) : sans suiveur entre deux étages, le second filtre « charge » le premier et fausse sa fonction de transfert \(\underline H\) (hypothèse de non-interaction violée).

3.2 · Le montage amplificateur non inverseur

Montage amplificateur non inverseur : Ve sur +, pont diviseur R1/R2 entre sortie et masse, noeud sur -
Montage amplificateur non inverseur : \(v_e\) directement sur (+) ; \(R_1\) (vers la masse) et \(R_2\) (vers la sortie) forment un pont diviseur dont le point milieu attaque (−).
✏️ Q8 — Montrer que \(v_s=v_e(1+R_2/R_1)\) ♦♦

Montrer que, pour un montage amplificateur non inverseur, \(v_s=v_e\times\left(1+\dfrac{R_2}{R_1}\right)\) (donc \(H=1+\dfrac{R_2}{R_1}>1\)). On pourra utiliser un pont diviseur de tension ou une LNTP.

Méthode du pont diviseur : la rétroaction se fait sur (−), qui est le point milieu du pont diviseur \(R_1\)–\(R_2\) entre la masse (\(0\) V, via \(R_1\)) et la sortie \(v_s\) (via \(R_2\)), sans courant prélevé sur ce nœud (\(i_-=0\)) :

\[ v_-=v_s\cdot\frac{R_1}{R_1+R_2} \]

La borne (+) reçoit directement \(v_e\) : \(v_+=v_e\). Rétroaction exclusive sur (−) ⟹ régime linéaire ⟹ \(v_+=v_-\) :

\[ v_e=v_s\cdot\frac{R_1}{R_1+R_2}\ \Longrightarrow\ v_s=v_e\cdot\frac{R_1+R_2}{R_1} \]
\[ \boxed{\ v_s=v_e\left(1+\frac{R_2}{R_1}\right)\ ,\quad H=1+\frac{R_2}{R_1}>1\ } \]
Méthode — la LNTP (théorème de Millman) On écrit la loi des nœuds en un point central \(A\), en faisant entrer conventionnellement tous les courants des \(n\) branches en \(A\), puis on exprime ces courants en termes de différences de potentiels grâce aux lois de comportement des éléments. On extrait enfin \(V_A\) : \[ V_A=\dfrac{\displaystyle\sum_{i=1}^{n}V_i/\underline Z_i}{\displaystyle\sum_{i=1}^{n}1/\underline Z_i} \]
✏️ Q9 — Exemple d'application de la LNTP : exprimer \(V_A\) ♦

Exemple : exprimer \(V_A\) dans le cas ci-contre.

Exemple LNTP : noeud A entre Z1 (relié à v1), Z2 (relié à v2) et Z3 (relié à la masse)
Nœud \(A\) relié à \(v_1\) via \(\underline Z_1\), à \(v_2\) via \(\underline Z_2\), et à la masse (\(0\) V) via \(\underline Z_3\).

Trois branches arrivent en \(A\) : \(v_1\) via \(\underline Z_1\), \(v_2\) via \(\underline Z_2\), et la masse (potentiel \(0\)) via \(\underline Z_3\). En appliquant directement la formule de Millman avec \(n=3\) et \(V_3=0\) :

\[ \boxed{\ V_A=\dfrac{\dfrac{v_1}{\underline Z_1}+\dfrac{v_2}{\underline Z_2}} {\dfrac{1}{\underline Z_1}+\dfrac{1}{\underline Z_2}+\dfrac{1}{\underline Z_3}}\ } \]

3.3 · Le montage amplificateur inverseur

Montage amplificateur inverseur : Ve via R1 sur -, R2 en contre-reaction, + relié à la masse
Montage amplificateur inverseur : \(v_e\) via \(R_1\) sur (−), \(R_2\) en contre-réaction entre la sortie et (−), (+) relié à la masse.
✏️ Q10 — Montrer que \(v_s=-v_e\times R_2/R_1\) ♦♦

Montrer que, pour un montage amplificateur inverseur, \(v_s=v_e\times\left(-\dfrac{R_2}{R_1}\right)\) (donc \(H=-\dfrac{R_2}{R_1}\), déphasage \(\pi\)).

La borne (+) est reliée à la masse : \(v_+=0\). Rétroaction sur (−) exclusivement ⟹ régime linéaire ⟹ \(v_-=v_+=0\) : c'est une masse virtuelle. Comme \(i_-=0\) (ALI idéal), le courant qui traverse \(R_1\) (de \(v_e\) vers le nœud (−)) traverse intégralement \(R_2\) (du nœud (−) vers \(v_s\)) :

\[ i_1=\frac{v_e-v_-}{R_1}=\frac{v_e}{R_1}\ ,\qquad i_1=\frac{v_--v_s}{R_2}=\frac{-v_s}{R_2} \] \[ \frac{v_e}{R_1}=\frac{-v_s}{R_2}\ \Longrightarrow\ v_s=-v_e\cdot\frac{R_2}{R_1} \]
\[ \boxed{\ v_s=-v_e\cdot\frac{R_2}{R_1}\ ,\quad H=-\frac{R_2}{R_1}\ } \]

Remarque 1. Selon les valeurs relatives de \(R_1\) et \(R_2\), ce montage amplifie (\(R_2>R_1\)) ou atténue (\(R_2

Remarque 2. Contrairement aux deux montages précédents (suiveur, non inverseur), l'impédance d'entrée de ce montage vue par \(v_e\) est \(R_1\) (finie, pas infinie) : un montage amplificateur inverseur inséré dans un circuit plus complexe peut donc affecter les sections en amont (contrairement au suiveur, cf. Q7).

3.4 · Le montage intégrateur

Montage integrateur : Ve via R sur -, C en contre-reaction, + relié a la masse
Montage intégrateur : \(v_e\) via \(R\) sur (−), condensateur \(C\) en contre-réaction entre la sortie et (−), (+) relié à la masse.
✏️ Q11 — Montrer la relation intégrale \(v_s(t)\) du montage intégrateur ♦♦♦

Montrer que, pour un montage intégrateur, \(v_s(t)=v_s(0)-\dfrac{1}{RC}\displaystyle\int_0^t v_e(t')\,dt'\) (donc \(\underline H=-\dfrac{1}{jRC\omega}\)). On exprimera la LNTP à la borne (−) en complexes avant de passer en temporel.

Comme en Q10, \(v_+=0\) (masse) et la rétroaction est exclusivement sur (−) : \(v_-=v_+=0\) (masse virtuelle). En complexes, le courant traversant \(R\) (de \(\underline{v_e}\) vers le nœud (−)) est intégralement transmis à \(C\) (de (−) vers \(\underline{v_s}\), \(i_-=0\)) :

\[ \underline{i_1}=\frac{\underline{v_e}-0}{R}=\frac{\underline{v_e}}{R}\ ,\qquad \underline{i_C}=j C\omega\,(0-\underline{v_s})=-jC\omega\,\underline{v_s} \] \[ \frac{\underline{v_e}}{R}=-jC\omega\,\underline{v_s}\ \Longrightarrow\ \underline H=\frac{\underline{v_s}}{\underline{v_e}}=-\frac{1}{jRC\omega} \]

Repassage au temporel : la relation \(i_1=i_C\) s'écrit, en instantané, \(\dfrac{v_e(t)}{R}=-C\dfrac{dv_s}{dt}\), soit \(\dfrac{dv_s}{dt}=-\dfrac{v_e(t)}{RC}\). En intégrant entre \(0\) et \(t\) :

\[ \boxed{\ v_s(t)=v_s(0)-\frac{1}{RC}\int_0^t v_e(t')\,dt'\ ,\qquad \underline H=-\frac{1}{jRC\omega}\ } \]
Piège — divergence du vrai intégrateur À basse fréquence, \(|\underline H|\to\infty\) : le montage intégrateur intègre la moindre petite composante continue de \(v_e\), et l'ALI finit par saturer en quelques secondes. Pour éviter ce problème, on ajoute une résistance de fuite \(R'\) en parallèle à \(C\) — on parle alors de montage pseudo-intégrateur.
Montage pseudo-integrateur : R' en parallele a C, en contre-reaction
Pseudo-intégrateur : \(R'\) en parallèle de \(C\), pour borner le gain en basse fréquence et éviter la dérive/saturation.

3.5 · Le montage dérivateur

✏️ Q12 — Schématiser le montage dérivateur ♦

Schématiser le montage dérivateur qui suit le comportement \(v_s(t)=-RC\dfrac{dv_e(t)}{dt}\).

Le montage dérivateur s'obtient en échangeant les rôles de \(R\) et \(C\) par rapport au montage intégrateur (§3.4) : le condensateur \(C\) passe en entrée (en série avec \(v_e\)), et la résistance \(R\) passe en contre-réaction (entre la sortie et (−)). (+) reste relié à la masse.

ve C − + vs R
Montage dérivateur (redessiné) : \(v_e\to C\to(-)\), résistance \(R\) en contre-réaction entre la sortie et (−), (+) à la masse. Vérification rapide (non demandée par l'énoncé) : par la même méthode qu'en Q11 (masse virtuelle, \(i_-=0\)), \(\underline{i_C}=jC\omega\,\underline{v_e}\) traverse \(R\) vers la sortie, d'où \(\underline{v_s}=-R\cdot jC\omega\,\underline{v_e}\), soit en temporel \(v_s(t)=-RC\,dv_e/dt\) — bien la relation demandée.

4. Des écarts possibles à la réponse linéaire

Même dans le cadre de l'ALI idéal, les réponses \(v_s\) réellement observées peuvent différer de celles prédites au §3, pour plusieurs raisons.

Saturation en tension

Puisque \(v_{s,max}=V_{sat}\), une saturation en tension peut se produire si le gain du montage, ou si l'amplitude \(E_m\) du signal d'entrée, sont trop élevés.

✏️ Q13 — Valeur limite de \(R_2\) pour éviter la saturation en tension ♦♦

Proposer une valeur limite pour \(R_2\) dans le cas d'un montage amplificateur inverseur avec un signal d'entrée tel que \(E_m=5{,}0\) V et une résistance \(R_1=100\ \Omega\). Sur un même graphique, tracer l'allure de l'oscillogramme de \(v_s(t)\) dans deux cas distincts : pour \(R_2=200\ \Omega\) et pour \(R_2=400\ \Omega\).

D'après Q10, le montage inverseur donne \(v_s=-v_e\times R_2/R_1\). Avec \(v_e\) sinusoïdal d'amplitude \(E_m\), l'amplitude de sortie attendue (sans saturation) est \(|v_s|_{max}=E_m\cdot R_2/R_1\). Pour rester en régime linéaire, il faut que cette amplitude reste sous \(V_{sat}\approx V_{CC}=15\) V (alimentation \(\pm15\) V, §1.1) :

\[ E_m\cdot\frac{R_2}{R_1}\le V_{sat}\ \Longrightarrow\ R_2\le\frac{V_{sat}\cdot R_1}{E_m} =\frac{15\times100}{5{,}0} \]
\[ \boxed{\ R_2\le300\ \Omega\ } \]

Vérification sur les deux cas demandés :

  • \(R_2=200\ \Omega<300\ \Omega\) : gain \(=2\), amplitude idéale \(=2\times5{,}0=10\) V \(<15\) V — pas de saturation, sinusoïde propre \(\pm10\) V.
  • \(R_2=400\ \Omega>300\ \Omega\) : gain \(=4\), amplitude idéale \(=4\times5{,}0=20\) V \(>15\) V — écrêtage à \(\pm15\) V au lieu des \(\pm20\) V attendus.
t +15V +10V -10V -15V R2=200 ohm (gain 2, propre, +-10V) R2=400 ohm (gain 4, ecrete a +-15V au lieu de +-20V) Q13 - Saturation en tension, montage inverseur (Em=5V, R1=100 ohm)
\(R_2=200\ \Omega\) (vert) : sinusoïde propre \(\pm10\) V. \(R_2=400\ \Omega\) (orange) : écrêtage plat à \(\pm15\) V dès que la sinusoïde idéale dépasserait cette valeur.

Saturation en courant

Un ALI ne peut délivrer un courant de sortie trop important. Si la résistance de charge est trop faible, la saturation en courant (\(i_{s,max}\approx20\) mA pour un ALI type LM741) est atteinte, et la tension de sortie en est affectée.

✏️ Q14 — Oscillogramme du suiveur en saturation de courant ♦♦

Sur un même graphique, tracer l'allure de l'oscillogramme de \(v_s(t)\) d'un montage suiveur dont le signal d'entrée est sinusoïdal symétrique, d'amplitude \(6{,}0\) V, dans deux cas distincts : lorsque l'ALI est en sortie ouverte, et lorsque la sortie de l'ALI est branchée à une charge de résistance \(200\ \Omega\).

Sortie ouverte : aucun courant n'est demandé à l'ALI (\(i_s=0\)), donc pas de saturation en courant possible. D'après Q6, \(v_s=v_e\) : sinusoïde propre d'amplitude \(6{,}0\) V.

Sortie chargée par \(R_0=200\ \Omega\) : le courant délivré par l'ALI est \(i_s=v_s/R_0\). La saturation en courant est atteinte dès que \(|i_s|=i_{s,max}\), soit pour \(|v_s|=i_{s,max}\times R_0\) :

\[ |v_s|_{max,\,courant}=20\times10^{-3}\times200=4{,}0\text{ V} \]

Comme \(4{,}0\) V \(<6{,}0\) V (amplitude idéale visée), la sortie écrête à \(\pm4{,}0\) V dès que la sinusoïde idéale dépasserait cette valeur.

Sortie ouverte : \(v_s=v_e\), sinusoïde propre \(\pm6{,}0\) V. Sortie chargée par \(200\ \Omega\) : écrêtage à \(\pm4{,}0\) V (saturation en courant, \(i_{s,max}\approx20\) mA).
t 6V 4V -4V -6V sortie ouverte : vs=ve, +-6V charge R0=200 ohm : ecrete a +-4V (|ismax|=20mA) Q14 - Saturation en courant, montage suiveur (Em=6V)
Sortie ouverte (vert) : sinusoïde propre \(\pm6\) V. Chargée par \(200\ \Omega\) (orange) : écrêtage plat à \(\pm4\) V dès que \(|i_s|\) atteindrait \(i_{s,max}\).

Limitations en fréquence

Schémas à retenir + Quizz — les 6 montages à ALI avec rétroaction, leurs propriétés, et un quizz de 25 questions

Schémas à retenir, propriétés et quizz

📌 Fiche mémo — ALI avec rétroaction sur la borne −
Suiveur\(V_s=V_e\) ; \(Z_e=\infty\), \(Z_s=0\)
Inverseur\(V_s=-\dfrac{R_2}{R_1}V_e\) ; \(Z_e=R_1\)
Non inverseur\(V_s=\left(1+\dfrac{R_2}{R_1}\right)V_e\) ; \(Z_e=\infty\)
Intégrateur\(V_s=-\dfrac1{RC}\displaystyle\int V_e\,dt\) ; \(\underline H=-\dfrac{1}{jRC\omega}\) ; phase \(+90^\circ\)
Pseudo-intégrateur\(\underline H=-\dfrac{R'/R}{1+jR'C\omega}\) ; \(f_c=\dfrac1{2\pi R'C}\)
Dérivateur\(V_s=-RC\dfrac{dV_e}{dt}\) ; \(\underline H=-jRC\omega\) ; phase \(-90^\circ\)
ALI idéal\(i_+=i_-=0\) ; en linéaire \(\varepsilon=v_+-v_-=0\)
Saturation\(|v_s|\le V_{sat}\) ; réaction sur \(+\) ⇒ \(v_s=\pm V_{sat}\)
ALI réelproduit gain-bande \(G\times f_{-3dB}=GBW\) ; slew rate en V/µs
MéthodeRéaction sur − ⇒ linéaire ; \(v_+=v_-\), \(i_\pm=0\), loi des nœuds (ou Millman) en \(V_-\)

Les 6 schémas

Clique sur une carte pour la révéler : cache la correction et essaie d'abord de retrouver le nom, la fonction de transfert et le défaut du montage.

Propriétés à connaître

🧠 Quizz

TD3 corrigé — TD3 — Montages à ALI : sommateur, pseudo-intégrateur, résistance négative, filtres en cascade, gyrateur

Les 6 exercices du TD3 corrigés un par un, avec le même niveau de détail que les TD précédents : montage sommateur inverseur, pseudo-intégrateur (compromis intégrateur/amplificateur), convertisseur à résistance négative, montage à deux ALI en cascade, filtres passe-bas/passe-haut mis en cascade (Bode, facteur de qualité, équation différentielle) et simulateur d'inductance à deux ALI (gyrateur). AM2 · P2030 · Semestre 3 — D. Courtois, 21/09/2026.

Outil clé de tout le TD Pour un ALI idéal (gain infini, aucun courant dans ses entrées), le régime de fonctionnement se lit sur la rétroaction : si la sortie ne revient que sur l'entrée − (contre-réaction pure), l'ALI est forcément en régime linéaire (\(v_+=v_-\)) — c'est le cas des Ex 1, 2, 4 et 5. Si la sortie revient à la fois sur + et sur − (Ex 3 et 6), rien ne garantit a priori que la rétroaction globale soit négative : il faut calculer pour trancher entre régime linéaire et saturé.
Ex 1 — Montage sommateur ♦ · d'après H : E.2.5, T : 5.4 et V : méth20.4
Énoncé Exercice 1 — montage sommateur non inverseur, trois entrées v1,v2,v3 par R1,R2,R3 sur l'entrée +, R0 et feedback R sur l'entrée -
Énoncé (TD3, D. Courtois) — sommateur non inverseur à 3 entrées
Le circuit Les trois tensions \(v_1,v_2,v_3\) attaquent l'entrée + de l'ALI par les résistances \(R_1,R_2,R_3\), qui se rejoignent toutes sur ce même nœud (aucune autre connexion sur \(+\)). L'entrée − est reliée à la masse par \(R_0\) et à la sortie \(v_s\) par la résistance \(R\) (contre-réaction).

1) Quel est le régime de l'ALI : linéaire ou saturé ? Justifier.

La sortie \(v_s\) ne revient que sur l'entrée − (via \(R\), avec \(R_0\) pour seule autre connexion de ce nœud) : c'est une contre-réaction pure, sans aucun chemin de retour vers + (qui ne voit que \(v_1,v_2,v_3\)). Une telle rétroaction est nécessairement négative : elle stabilise le point de fonctionnement autour de \(v_-=v_+\).

L'ALI fonctionne en régime linéaire (\(v_-=v_+\)), et ceci est garanti par la structure du montage (feedback exclusivement vers −) — on n'a pas besoin de le « supposer » comme on le fera à l'exercice 3.

2) S'agit-il d'un montage inverseur ou non inverseur ?

Les trois signaux d'entrée \(v_1,v_2,v_3\) sont tous appliqués sur l'entrée + (via \(R_1,R_2,R_3\)), tandis que l'entrée − ne voit qu'un diviseur \(R_0\)/\(R\) issu de la sortie. C'est la signature du montage non inverseur : chaque entrée sera recopiée en sortie avec un signe positif.

Montage non inverseur (généralisation à 3 entrées de l'amplificateur non inverseur simple).

3) Exprimer \(v_s\) en fonction de \(v_1\), \(v_2\) et \(v_3\)

Nœud \(v_+\) — LNTP au nœud \(v_+\) (aucun courant n'entre dans l'ALI, donc la somme des courants qui en repartent vers \(v_1\), \(v_2\) et \(v_3\) est nulle) :

\[ \frac{v_+-v_1}{R_1}+\frac{v_+-v_2}{R_2}+\frac{v_+-v_3}{R_3}=0 \ \Longrightarrow\ v_+=\dfrac{\dfrac{v_1}{R_1}+\dfrac{v_2}{R_2}+\dfrac{v_3}{R_3}}{\dfrac{1}{R_1}+\dfrac{1}{R_2}+\dfrac{1}{R_3}}. \]

\(v_+\) est donc une moyenne pondérée de \(v_1,v_2,v_3\) (pondération par les conductances \(1/R_i\)) — un simple réseau résistif « moyenneur », qui ne tire aucun courant sur l'ALI.

Nœud \(v_-\) — même méthode, avec \(v_-\) relié à la masse par \(R_0\) et à \(v_s\) par \(R\) :

\[ \frac{v_--0}{R_0}+\frac{v_--v_s}{R}=0 \ \Longrightarrow\ v_s=v_-\left(1+\frac{R}{R_0}\right). \]

En régime linéaire \(v_-=v_+\) (question 1), d'où :

\[ \boxed{\ v_s=\left(1+\frac{R}{R_0}\right)\cdot \dfrac{\dfrac{v_1}{R_1}+\dfrac{v_2}{R_2}+\dfrac{v_3}{R_3}}{\dfrac{1}{R_1}+\dfrac{1}{R_2}+\dfrac{1}{R_3}}\ } \]

On reconnaît la structure classique amplificateur non inverseur (gain \(1+R/R_0\)) appliqué à un moyenneur résistif placé sur l'entrée \(+\).

4) Exprimer \(v_s\) pour toutes les résistances égales à \(R\) ; justifier le titre de l'exercice

Dès que \(R_1=R_2=R_3\) (peu importe leur valeur commune), la moyenne pondérée devient une moyenne arithmétique simple :

\[ v_+=\frac{v_1+v_2+v_3}{3}. \]

En posant en plus \(R_1=R_2=R_3=R_0=R\) (toutes les résistances valent \(R\), y compris \(R_0\) — la résistance de contre-réaction s'appelle déjà \(R\) dans l'énoncé), le gain non inverseur vaut \(1+R/R_0=1+R/R=2\), d'où :

\[ v_s=2\cdot\frac{v_1+v_2+v_3}{3} \]
\[ \boxed{\ v_s=\frac{2}{3}(v_1+v_2+v_3)\ } \]

La sortie est proportionnelle à la somme des trois tensions d'entrée (avec un facteur \(2/3\) ici, mais déjà proportionnelle à la somme dès que \(R_1=R_2=R_3\), quel que soit \(R_0\)) : le montage réalise bien une addition de signaux, d'où le nom de montage sommateur — non inverseur, cette fois, contrairement à la version « classique » que l'on rencontre souvent en cours.

Ex 2 — Montage pseudo-intégrateur ♦ · T : Ch5, appli 2

1) Schématiser le montage, retrouver \(\underline H\) par la LNTP en complexes

On part du montage intégrateur classique (\(v_e\) par \(R\) sur l'entrée −, \(C\) en contre-réaction, \(v_+\) à la masse) et on met, comme demandé, une résistance \(R'\) en dérivation (en parallèle) du condensateur \(C\) :

v_e R v₋ − + v_s C R' (ajoutée)
Pseudo-intégrateur : \(R'\) (orange) ajoutée en dérivation de \(C\) (bleu), en contre-réaction de l'ALI.

Le nœud \(v_-\) est en masse virtuelle (\(v_-=v_+=0\), contre-réaction pure vers − uniquement — même argument qu'à l'exercice 1). L'impédance de contre-réaction est le parallèle de \(R'\) et \(C\) :

\[ \underline{Z_f}=\frac{R'\times\frac{1}{jC\omega}}{R'+\frac{1}{jC\omega}}=\frac{R'}{1+jR'C\omega}. \]

LNTP au nœud \(v_-=0\) (courant entrant de \(v_e\) par \(R\) = courant sortant vers \(v_s\) par \(\underline{Z_f}\), puisque l'ALI n'absorbe aucun courant) :

\[ \frac{0-\underline{v_e}}{R}+\frac{0-\underline{v_s}}{\underline{Z_f}}=0 \ \Longrightarrow\ \underline{v_s}=-\frac{\underline{Z_f}}{R}\,\underline{v_e}. \]
\[ \boxed{\ \underline H=\frac{\underline{v_s}}{\underline{v_e}} =-\frac{R'/R}{1+jR'C\omega}\ } \] On reconnaît la forme connue d'un filtre passe-bas du 1ᵉʳ ordre inversé (gain statique \(-R'/R\), pulsation de coupure \(\omega_1=1/R'C\)) : c'est exactement la forme du pseudo-intégrateur vu en cours §3.4.

2) Montrer que ce montage se comporte comme l'intégrateur à HF mais ne diverge pas à BF

Haute fréquence (\(\omega\gg\omega_1=1/R'C\), donc \(R'C\omega\gg1\)) : au dénominateur, \(1+jR'C\omega\approx jR'C\omega\), donc :

\[ \underline H\approx-\frac{R'/R}{jR'C\omega}=-\frac{1}{jRC\omega}. \]
À HF, \(\underline H\to-\dfrac{1}{jRC\omega}\) : c'est exactement la fonction de transfert de l'intégrateur pur (sans \(R'\)). Le montage se comporte donc bien comme un intégrateur quand \(\omega\) est assez grand.

Basse fréquence (\(\omega\ll\omega_1\), donc \(R'C\omega\ll1\)) : au dénominateur, \(1+jR'C\omega\approx1\), donc :

\[ \underline H\approx-\frac{R'}{R}\quad\text{(réel, fini, indépendant de }\omega\text{).} \]
À BF, le gain sature à la valeur finie \(-R'/R\) au lieu de diverger comme \(-1/(jRC\omega)\to\infty\) pour l'intégrateur pur en \(\omega\to0\). C'est exactement l'effet recherché de \(R'\) : elle borne le gain continu.

|H| (dB) ω (log) plateau −R'/R ω₁ = 1/R'C pente −20 dB/décade (intégrateur)
Gain asymptotique du pseudo-intégrateur : plateau \(-R'/R\) puis roll-off en intégrateur au-delà de \(\omega_1=1/R'C\).

3) Gamme de fréquence utilisable comme intégrateur ; choix de \(R'\)

D'après la question 2, le comportement « intégrateur » n'est valable que pour \(\omega\gg\omega_1\), c'est-à-dire :

\[ f\gg f_1=\frac{1}{2\pi R'C}. \]

En pratique on exige un facteur ~10 (une décade) : \(f\geq10f_1\) pour que l'approximation \(1+jR'C\omega\approx jR'C\omega\) soit bonne à mieux que quelques %.

Choix de \(R'\) Deux contraintes opposées pèsent sur \(R'\) :
  • \(R'\) grande : repousse \(f_1=1/(2\pi R'C)\) vers le bas, ce qui élargit la plage de fréquences où le montage se comporte en intégrateur (il faut \(f_1\) bien en dessous des fréquences utiles du signal à intégrer).
  • \(R'\) pas trop grande (donc finie) : c'est justement elle qui limite le gain continu à \(-R'/R\) au lieu de l'infini. Un intégrateur pur (sans \(R'\)) a un gain infini en continu : la moindre tension de décalage (« offset ») ou le moindre courant de polarisation de l'ALI réel, intégrés indéfiniment par \(C\), font dériver la sortie jusqu'à saturation — problème classique de l'intégrateur réel.
Compromis : on choisit \(R'\) grande devant \(R\) (pour garder un gain \(-R'/R\) confortable dans la bande utile) mais telle que \(f_1=1/(2\pi R'C)\) reste nettement en dessous de la plus basse fréquence du signal à intégrer — typiquement une à deux décades en dessous.
Ex 3 — Montage à résistance négative ♦ · H : E2.8, T : 5.9
Énoncé Exercice 3 — convertisseur à résistance négative, entrée A=ie sur l'entrée -, R1 en feedback vers S, diviseur R2/R3 sur l'entrée +
Énoncé (TD3) — montage à résistance négative
Le circuit Le point \(A\) est directement l'entrée − de l'ALI (le courant \(i_e\) y entre) ; \(R_1\) reboucle la sortie \(S\) sur \(A\). L'entrée + est reliée à un diviseur : \(R_2\) vers la sortie \(S\), et \(R_3\) (rhéostat) vers la masse \(M\). On repère \(v_e\) le potentiel de l'entrée + par rapport à \(M\).

1) Régime linéaire supposé : peut-on le prévoir au premier coup d'œil ?

Non. Contrairement à l'exercice 1 (contre-réaction pure sur − uniquement), la sortie \(S\) revient ici simultanément sur les deux entrées : sur − via \(R_1\), et sur + via le diviseur \(R_2\)/\(R_3\). On a donc en même temps une réaction négative (vers −) et une réaction positive (vers +).

Piège La simple présence d'un chemin de retour vers − ne suffit pas à conclure au régime linéaire dès qu'il existe aussi un chemin de retour vers +. Il faut comparer les deux « facteurs de réaction » (la part de \(S\) qui revient sur chaque entrée) : si la réaction vers − l'emporte, le bouclage net est négatif (linéaire) ; si celle vers + l'emporte, il est positif (saturation/bistable). Seul un calcul tranche — d'où l'énoncé qui nous demande de supposer le régime linéaire plutôt que de l'affirmer.

2) Relation \(v_e\)–\(s\) par pont diviseur ; relation \(v_e\)–\(i_e\) ; nom du montage

Pont diviseur sur l'entrée + — l'entrée + n'absorbant aucun courant, \(R_2\) et \(R_3\) sont simplement en série entre \(S\) et la masse, et \(v_e\) est le potentiel du point milieu :

\[ v_e = s\cdot\frac{R_3}{R_2+R_3}. \]

Report sur l'entrée − — en régime linéaire (supposé), \(v_-=v_+\). Or \(v_-\) est justement le potentiel du point \(A\) : \(v_-=v_A\). Donc :

\[ v_A = v_e. \]

Courant \(i_e\) — au nœud \(A\), tout le courant \(i_e\) entrant de l'extérieur doit ressortir par \(R_1\) vers \(S\) (l'ALI n'absorbe rien) :

\[ i_e=\frac{v_A-s}{R_1}=\frac{v_e-s}{R_1}. \]

On y injecte \(s=v_e\dfrac{R_2+R_3}{R_3}\) (obtenu en inversant la relation du pont) :

\[ i_e=\frac{1}{R_1}\left[v_e-v_e\frac{R_2+R_3}{R_3}\right] =\frac{v_e}{R_1}\left[\frac{R_3-R_2-R_3}{R_3}\right]=-\frac{v_e}{R_1}\cdot\frac{R_2}{R_3}. \]
\[ \boxed{\ \frac{v_e}{i_e}=-\frac{R_1R_3}{R_2}\ } \] Le rapport \(v_e/i_e\) est une résistance négative \(-R_{eq}\) avec \(R_{eq}=R_1R_3/R_2\) : vu de la source \(v_e\), le montage se comporte comme une résistance de valeur négative, réglable via le rhéostat \(R_3\).
« Un indice est caché dans l'énoncé » Il suffit de relire le titre même de l'exercice : « Montage à résistance négative ». Le nom du montage est le convertisseur à résistance négative (NIC, Negative Impedance Converter) — utilisé par exemple pour compenser des pertes résistives dans un oscillateur, ou (voir Ex 6) comme brique de base d'un simulateur d'inductance.
Ex 4 — Montage avec deux ALI ♦ · H : E2.6
Énoncé Exercice 4 — deux ALI en cascade, v1 et v2 sur les entrées +, feedback R/α puis αR, résistances R entre les deux étages
Énoncé (TD3) — montage à deux ALI, gain paramétré par α
Le circuit ALI n°1 : \(v_1\) directement sur l'entrée + ; l'entrée − (nœud \(A\)) est reliée à la masse par \(R\) et à la sortie \(v'\) par \(R/\alpha\). ALI n°2 : \(v_2\) directement sur l'entrée + ; l'entrée − (nœud \(B\)) est reliée à \(v'\) par \(R\) et à la sortie \(v_s\) par \(\alpha R\). Les deux ALI fonctionnent en régime linéaire (donné).

Exprimer \(v_s\) en fonction de \(\alpha\), \(v_1\) et \(v_2\)

Étage 1 (amplificateur non inverseur classique) — \(v_{+1}=v_1\) (fil direct), donc en régime linéaire \(v_A=v_-=v_+=v_1\). Le nœud \(A\) voit \(R\) vers la masse et \(R/\alpha\) vers \(v'\), sans courant entrant dans l'ALI : le courant qui traverse \(R\) (de \(A\) vers la masse) doit être fourni par \(R/\alpha\) (de \(v'\) vers \(A\)) :

\[ \frac{v'-v_1}{R/\alpha}=\frac{v_1-0}{R} \ \Longrightarrow\ \frac{\alpha(v'-v_1)}{R}=\frac{v_1}{R} \ \Longrightarrow\ \alpha(v'-v_1)=v_1 \ \Longrightarrow\ \boxed{\ v'=v_1\,\frac{1+\alpha}{\alpha}\ } \]

(on reconnaît le gain non inverseur usuel \(1+R_f/R_{in}=1+\dfrac{R/\alpha}{R}=1+\dfrac1\alpha =\dfrac{1+\alpha}{\alpha}\)).

Étage 2 — \(v_{+2}=v_2\) (fil direct), donc \(v_B=v_2\) en régime linéaire. Au nœud \(B\) (LNTP, aucun courant absorbé par l'ALI) :

\[ \frac{v_B-v'}{R}+\frac{v_B-v_s}{\alpha R}=0 \ \Longrightarrow\ \alpha(v_B-v')+(v_B-v_s)=0 \ \Longrightarrow\ v_s=(1+\alpha)v_B-\alpha v' \]

Avec \(v_B=v_2\) et \(v'=v_1\dfrac{1+\alpha}{\alpha}\), le facteur \(\alpha\) se simplifie exactement avec celui déjà présent devant \(v'\) :

\[ v_s=(1+\alpha)v_2-\alpha\cdot v_1\frac{1+\alpha}{\alpha}=(1+\alpha)v_2-(1+\alpha)v_1 \]
\[ \boxed{\ v_s=(1+\alpha)\,(v_2-v_1)\ } \]
Vérification \(\alpha=1\) On doit retrouver un montage à résistances toutes égales : \(v'=2v_1\) puis \(\frac{v_2-v'}{R}+\frac{v_2-v_s}{R}=0\Rightarrow v_s=2v_2-v'=2v_2-2v_1\). La formule générale donne \((1+1)(v_2-v_1)=2v_2-2v_1\) : ✔ cohérent.
Vérification \(\alpha=2\) \(v'=v_1(1+2)/2=1{,}5v_1\) ; \(\dfrac{v_2-v'}{R}+\dfrac{v_2-v_s}{2R}=0\Rightarrow2(v_2-v')+(v_2-v_s)=0\Rightarrow v_s=3v_2-2v'=3v_2-3v_1\). La formule générale donne \((1+2)(v_2-v_1)=3v_2-3v_1\) : ✔ cohérent.

Ce montage réalise donc un amplificateur de différence de gain \((1+\alpha)\), identique sur \(v_1\) et \(v_2\) : le paramètre \(\alpha\) règle le gain global de la différence \(v_2-v_1\) sans jamais déséquilibrer les deux entrées — un résultat plus élégant qu'il n'y paraît, puisque les deux étages ont pourtant des composants différents (\(R/\alpha\) puis \(\alpha R\)).

Ex 5 — Filtres en cascade ♦♦ · H : E.2.4 et d'après V : 20.4
Énoncé Exercice 5 — filtre F1 (R1 série, C1 vers masse) et filtre F2 (C2 série, R2 vers masse) en sortie ouverte
Énoncé (TD3) — \(F_1\) : passe-bas RC ; \(F_2\) : passe-haut CR, caractérisés en sortie ouverte
Les deux filtres (en sortie ouverte) \[ \underline{H_1}=\frac{\underline{v_{s1}}}{\underline{v_{e1}}}=\frac{1}{1+jR_1C_1\omega} \ \text{(passe-bas RC)},\qquad \underline{H_2}=\frac{\underline{v_{s2}}}{\underline{v_{e2}}}=\frac{jR_2C_2\omega}{1+jR_2C_2\omega} \ \text{(passe-haut CR)}. \]

1) Montage à intercaler pour obtenir \(\underline H=\underline{H_1}\times\underline{H_2}\)

Si l'on branche \(F_2\) directement à la sortie de \(F_1\), \(F_2\) charge \(F_1\) : il consomme un courant non nul dans \(C_1\)/\(R_1\), ce qui modifie \(H_1\) par rapport à sa valeur « sortie ouverte » donnée. Pour que \(H=H_1\times H_2\) reste valable telle quelle, il faut que \(F_2\) ne tire aucun courant sur \(F_1\), et que la source qui attaque \(F_2\) ait une impédance de sortie nulle (pour ne pas être chargée par \(F_2\) plus tard).

On intercale un montage suiveur (gain 1, impédance d'entrée infinie, impédance de sortie nulle) entre \(F_1\) et \(F_2\) : \(v_{s1}\) attaque l'entrée + du suiveur, dont la sortie (à impédance nulle) attaque \(F_2\) sans le charger, ni être chargée par lui. Le suiveur ayant un gain 1, \(\underline H=\underline{H_1}\times1\times\underline{H_2}=\underline{H_1}\,\underline{H_2}\).

2) Avec \(R_1=R_2=R\), \(C_1=C_2=C\), \(\omega_0=1/RC\) : comportement asymptotique et \(\underline H\)

On pose \(x=\omega/\omega_0=RC\omega\) (variable réduite). Alors \(\underline{H_1}=\dfrac{1}{1+jx}\) et \(\underline{H_2}=\dfrac{jx}{1+jx}\), donc :

\[ \underline H=\underline{H_1}\,\underline{H_2}=\frac{jx}{(1+jx)^2}. \]

BF (\(x\ll1\)) : \(1+jx\approx1\), donc \(\underline H\approx jx=jRC\omega\) — gain proportionnel à \(\omega\) (pente \(+20\) dB/décade), phase \(\to+90°\).

HF (\(x\gg1\)) : \((1+jx)^2\approx(jx)^2=-x^2\) (le terme dominant), donc \(\underline H\approx \dfrac{jx}{-x^2}=-\dfrac{j}{x}=\dfrac{1}{jx}\) — gain proportionnel à \(1/\omega\) (pente \(-20\) dB/décade), phase \(\to-90°\).

Comportement en « cloche » : \(F\) monte à \(+20\) dB/décade en BF, puis redescend à \(-20\) dB/décade en HF — c'est la signature d'un filtre passe-bande (ici du 2ᵈ ordre, sans pic de résonance puisque les deux pôles sont réels et confondus, cf. Q5).

Confirmation par le module exact : \(|\underline{H_1}|\,|\underline{H_2}| =\dfrac{1}{\sqrt{1+x^2}}\cdot\dfrac{x}{\sqrt{1+x^2}}\), soit :

\[ \boxed{\ |\underline H(x)|=\frac{x}{1+x^2}\ } \]

qui redonne bien \(|\underline H|\approx x\) pour \(x\ll1\) et \(|\underline H|\approx1/x\) pour \(x\gg1\) : le comportement asymptotique est confirmé.

3) Pour quelles fréquences \(F\) se comporte-t-il en dérivateur ? en intégrateur ?

Dérivateur en BF (\(\omega\ll\omega_0\)) : \(\underline H\approx jRC\omega\) correspond à \(v_s=RC\,\dfrac{dv_e}{dt}\) (multiplication par \(j\omega\) ⟺ dérivation temporelle).
Intégrateur en HF (\(\omega\gg\omega_0\)) : \(\underline H\approx\dfrac{1}{jRC\omega}\) correspond à \(v_s=\dfrac{1}{RC}\displaystyle\int v_e\,dt\) (division par \(j\omega\) ⟺ intégration temporelle) — exactement la fonction de transfert de l'intégrateur pur retrouvée à l'exercice 2.

4) Diagrammes de Bode asymptotiques de \(F\)

Gain : asymptote BF \(20\log|x|\) (pente \(+20\) dB/déc, passe par 0 dB en \(x=1\)) ; asymptote HF \(-20\log|x|\) (pente \(-20\) dB/déc, passe aussi par 0 dB en \(x=1\)). Les deux droites se croisent donc en \(x=1\) à 0 dB, mais la courbe réelle y vaut \(|\underline H(1)|=1/2\), soit \(-6\) dB — en dessous de l'intersection des asymptotes (pas de dépassement, car pôle double réel, voir Q5).

Phase : \(\varphi=90°-2\arctan(x)\). Plateau à \(+90°\) pour \(x\ll1\), décroissance linéaire entre \(x\approx0{,}1\) et \(x\approx10\) passant par \(0°\) en \(x=1\), plateau à \(-90°\) pour \(x\gg1\).

|H| (dB) 0 dB −20 max = −6 dB (x=1) 0,01 x=1 100 Gain (dB) vs x=ω/ω₀ (log) φ (°) +90° 0° −90° Phase (°) vs x=ω/ω₀ (log)
Bode du filtre en cascade F = F₁·(suiveur)·F₂ : gain en cloche (max −6 dB en x=1) et phase +90°→−90°.

5) Maximum de \(|\underline H|\), bande passante à −3 dB, facteur de qualité

Maximum — on dérive \(|\underline H(x)|=\dfrac{x}{1+x^2}\) par rapport à \(x\) :

\[ \frac{d}{dx}\left(\frac{x}{1+x^2}\right)=\frac{(1+x^2)-x(2x)}{(1+x^2)^2}=\frac{1-x^2}{(1+x^2)^2}=0 \ \Longrightarrow\ x=1\ (x>0). \] \[ \boxed{\ |\underline H|_{max}=|\underline H(1)|=\frac12\ (=-6{,}02\text{ dB, en }\omega=\omega_0)\ } \]

Bande à \(-3\) dB — on cherche \(x\) tel que \(|\underline H(x)|=\dfrac{H_{max}}{\sqrt2} =\dfrac{1}{2\sqrt2}\) :

\[ \frac{x}{1+x^2}=\frac{1}{2\sqrt2} \ \Longrightarrow\ 2\sqrt2\,x=1+x^2 \ \Longrightarrow\ x^2-2\sqrt2\,x+1=0 \ \Longrightarrow\ x=\sqrt2\pm1. \]

D'où \(x_{bas}=\sqrt2-1\approx0{,}414\) et \(x_{haut}=\sqrt2+1\approx2{,}414\) (on vérifie \(x_{bas}\,x_{haut}=2-1=1=x_0^2\) : \(x_0=1\) est bien la moyenne géométrique des deux coupures, propriété typique d'un passe-bande). Largeur de bande :

\[ \Delta x = x_{haut}-x_{bas}=(\sqrt2+1)-(\sqrt2-1)=2\qquad\Longrightarrow\qquad \Delta\omega=2\,\omega_0. \]
\[ \boxed{\ Q=\frac{x_0}{\Delta x}=\frac{1}{2}\ } \] \(Q=0{,}5\) : filtre peu sélectif (pas de résonance), cohérent avec un pôle double réel (voir Q6) — la valeur \(Q=1/2\) est justement la valeur limite en dessous de laquelle un système du 2ᵉ ordre n'oscille plus (régime critique/apériodique).

6) Équation différentielle vérifiée par \(s(t)\) ; facteur de qualité retrouvé sur l'ED

On repart de \(\underline H=\dfrac{\underline S}{\underline E}=\dfrac{jRC\omega}{(1+jRC\omega)^2}\). En notant \(p=j\omega\) et \(\tau=RC\), et en « repassant » \((1+\tau p)^2\underline S=\tau p\,\underline E\) du domaine complexe au domaine temporel (\(p\leftrightarrow d/dt\)) :

\[ (1+2\tau p+\tau^2p^2)\,s = \tau p\,e \quad\Longrightarrow\quad \boxed{\ \tau^2\,\ddot s(t)+2\tau\,\dot s(t)+s(t)=\tau\,\dot e(t)\ } \]

On identifie avec la forme canonique du 2ᵈ ordre \(\dfrac{1}{\omega_0^2}\ddot s +\dfrac{1}{Q\omega_0}\dot s+s=(\cdots)\) :

\[ \frac{1}{\omega_0^2}=\tau^2\ \Rightarrow\ \omega_0=\frac1\tau=\frac1{RC}\ \text{(cohérent avec Q2)}, \qquad \frac{1}{Q\omega_0}=2\tau\ \Rightarrow\ Q=\frac{1}{2\tau\omega_0}=\frac{1}{2}. \]
On retrouve directement \(\boxed{Q=1/2}\) sur les coefficients de l'équation différentielle, sans repasser par le calcul du maximum : même résultat qu'en Q5, ce qui valide les deux méthodes.

Pour un échelon \(e(t)=E\,\Gamma(t)\) en entrée, \(\dot e(t)=E\,\delta(t)\) (impulsion de Dirac à \(t=0\)). Pour \(t>0\), l'équation devient homogène :

\[ \tau^2\ddot s+2\tau\dot s+s=0, \]

d'équation caractéristique \(\tau^2r^2+2\tau r+1=0\), de discriminant \(\Delta=4\tau^2-4\tau^2=0\) : racine double \(r=-1/\tau\). Ce discriminant nul confirme, indépendamment du calcul de \(Q\), que l'on est exactement à la frontière apériodique/critique (\(Q=1/2\)) : la réponse à l'échelon ne présente aucune oscillation.

Ex 6 — Simulateur d'inductance ♦♦ · d'après H : E2.9
Énoncé Exercice 6 — gyrateur à deux ALI, ALI1 avec R local et R0/R0, ALI2 intégrateur R-C, R extérieure de E à S'
Énoncé (TD3) — simulateur d'inductance à deux ALI (gyrateur)
Repérage des nœuds Le point \(E\) (courant \(i_e\)) est commun à trois branches : le fil direct vers l'entrée + de l'ALI n°1, la résistance locale \(R\) vers la sortie \(S\) de l'ALI n°1, et la résistance extérieure \(R\) vers la sortie finale \(S'\). L'entrée − de l'ALI n°1 (nœud \(N_1\)) voit deux résistances \(R_0\) égales : l'une vers la masse, l'autre vers \(S\). L'ALI n°2 est un intégrateur classique : \(S\) attaque son entrée − par \(R\), sa contre-réaction est \(C\), et son entrée + est à la masse.

1) Quel composant le bloc autour de l'ALI de gauche permet-il de simuler ?

Isolons l'ALI n°1 et son réseau local. Son entrée − (\(N_1\)) est prise entre deux résistances égales \(R_0\) (une vers la masse, une vers \(S\)) : par pont diviseur, \(v_{N_1}=S/2\). En régime linéaire \(v_{N_1}=v_{+1}=E\), donc :

\[ \frac{S}{2}=E \quad\Longrightarrow\quad \boxed{\ S=2E\ } \]

indépendamment de tout ce qui est branché sur \(E\) par ailleurs : ALI n°1 se comporte comme un amplificateur non inverseur de gain fixe 2 (cas particulier \(R_0=R_0\) du montage non inverseur déjà rencontré, ex. Ex 4 étage 1 avec \(\alpha=1\)). Reste alors la résistance locale \(R\), qui relie \(E\) à ce même point \(S=2E\) : le courant qu'elle impose est

\[ i_{(E\to S)}=\frac{E-S}{R}=\frac{E-2E}{R}=-\frac{E}{R}, \]
soit un rapport \(v/i=E/(-E/R)=-R\) : exactement la structure de l'exercice 3 (résistance négative), ici avec \(R_2=R_3=R_0\) dans la formule \(R_{eq}=R_1R_3/R_2\) de l'Ex 3, ce qui donne \(R_{eq}=R\). Le bloc de gauche simule une résistance négative \(-R\).

2) Reschématiser le montage entier ; montrer que \(Z_{in}\) est une inductance, exprimer \(L\)

E Vₑ R (ext.) R (loc.) + − ALI1 S N₁ R₀ R₀ R (mid) − + ALI2 N₂ C S'
Reschématisation claire du gyrateur : \(E\) commun à \(R_{loc}\), \(R_{ext}\) et l'entrée + de l'ALI1 ; \(N_1\) = diviseur \(R_0\)/\(R_0\) ; ALI2 = intégrateur \(R\)-\(C\).

Étape 1 — Étage intégrateur (ALI2). \(v_{+2}=0\) (masse), donc \(v_{N_2}=0\) en régime linéaire (contre-réaction pure sur − via \(C\) : régime linéaire garanti, comme à l'exercice 1). LNTP en \(N_2\) :

\[ \frac{S-0}{R}+\frac{S'-0}{1/(jC\omega)}=0 \ \Longrightarrow\ \frac{S}{R}+jC\omega\,S'=0 \ \Longrightarrow\ \boxed{\ S'=-\frac{S}{jRC\omega}\ } \]

Étape 2 — Report du gain de l'étage 1. D'après la question 1, \(S=2E\), donc :

\[ S'=-\frac{2E}{jRC\omega}. \]

Étape 3 — Courant d'entrée \(i_e\). Au nœud \(E\), aucun courant n'entre dans l'entrée + de l'ALI1 : tout le courant fourni par la source se répartit entre la branche locale (vers \(S\)) et la branche extérieure (vers \(S'\)) :

\[ i_e=\frac{E-S}{R}+\frac{E-S'}{R}. \]

Avec \(S=2E\) :

\[ \frac{E-S}{R}=\frac{E-2E}{R}=-\frac{E}{R} \quad\Longrightarrow\quad i_e=-\frac{E}{R}+\frac{E-S'}{R}=\frac{-E+E-S'}{R}=-\frac{S'}{R}. \]

On y injecte \(S'=-2E/(jRC\omega)\) :

\[ i_e=-\frac{1}{R}\left(-\frac{2E}{jRC\omega}\right)=\frac{2E}{jR^2C\omega}. \]
\[ \boxed{\ Z_{in}=\frac{E}{i_e}=\frac{jR^2C\omega}{2}=j\omega\cdot\frac{R^2C}{2}\ } \] \(Z_{in}\) est purement imaginaire et proportionnelle à \(\omega\) : c'est exactement l'impédance d'une bobine idéale \(Z_L=jL\omega\), avec : \[ \boxed{\ L=\frac{R^2C}{2}\ } \]
Relecture physique Le bloc de gauche (négatif, \(-R\)) et l'intégrateur de droite (en \(1/(jRC\omega)\)) se combinent en boucle via l'unique résistance extérieure \(R\) : c'est ce bouclage résistance-négative + intégrateur qui transforme un réseau purement résistif et capacitif (aucune bobine physique !) en une impédance d'entrée proportionnelle à \(\omega\), la signature électrique d'une inductance. Le résultat est exact (pas seulement une approximation BF ou HF), ce qui est la caractéristique remarquable du gyrateur (convertisseur généralisé d'impédance).

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