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Électronique AM2 (2ᵉ année) · Chapitre 4

Ch4 — L'ALI en régime saturé : comparateurs et triggers de Schmitt

Quand la rétroaction d'un montage à ALI n'est pas exclusivement sur la borne (−), l'ALI fonctionne en régime saturé (Ch3, §1.3) : la sortie ne vaut plus que \(\pm V_{sat}\), indépendamment (au premier ordre) de l'entrée. On étudie ici le comparateur simple, le comparateur à hystérésis (trigger de Schmitt, inverseur et non inverseur), puis on justifie ces régimes en étudiant la stabilité de deux montages typiques avec le modèle de gain dynamique de l'ALI. AM2 · P2030 · Semestre 3 — D. Courtois, 24/09/2026.

Sommaire du chapitre
📌 Fiche mémo — ALI en régime saturé
Comparateur simple\(v_s=+V_{sat}\) si \(v_+>v_-\) ; \(v_s=-V_{sat}\) si \(v_+<v_-\) (aucune rétroaction)
Règle du régimerétroaction exclusive sur (−) ⟹ linéaire ; sur (+) seule ou absente ⟹ saturé
Trigger non inverseur\(\varepsilon=\dfrac{R_2v_e+R_1v_s}{R_1+R_2}\), seuils \(v_e=\mp\dfrac{R_1}{R_2}V_{sat}\) selon l'état
Largeur d'hystérésis\(\beta=R_1/R_2\) : les 2 états coexistent pour \(-\beta V_{sat}<v_e<+\beta V_{sat}\)
Trigger inverseur symétriquebasculements \(v_e=\pm\dfrac{R_1}{R_1+R_2}V_{sat}\)
Trigger non inv. non symétrique(seuil \(E_0\) sur −) \(v_e=\big(1+\tfrac{R_1}{R_2}\big)E_0\pm\tfrac{R_1}{R_2}V_{sat}\)
Gain dynamique de l'ALI\(\underline{A_d}(j\omega)=\mu_0\dfrac{1}{1+j\omega/\omega_0}\), passe-bas 1ᵉʳ ordre, \(\mu_0\) fini très grand
Méthode stabilitéposer \(\varepsilon=v_+-v_-\), injecter \(v_s=\underline{A_d}\,\varepsilon\), regarder le signe des 2 coefficients du dénominateur de \(\underline H\)
Critère de stabilitécoefficients de même signe ⟹ stable (linéaire) ; signes opposés ⟹ instable (⟹ saturé)
Rapport cyclique(triangle \(\pm E_m\), seuil \(V_{réf}\)) \(\alpha=\dfrac12\big(1-\tfrac{V_{réf}}{E_m}\big)\)
Seuil par pont diviseur\(V_{réf}=V_{CC}\cdot\dfrac{R}{R+R_{var}}\) (R côté \(V_{réf}\), \(R_{var}\) côté \(V_{CC}\))
Cas limitele comparateur simple est le trigger avec \(R_1\to0\) (\(\beta\to0\), pas de rétroaction)
Ordres de grandeur\(V_{sat}\approx V_{CC}\) (alim \(\pm15\) V) ; la sortie saturée ne dépend jamais de l'entrée
Réflexe n°1toujours identifier la destination de la rétroaction (−/+/aucune) avant tout calcul de régime

1. Montages en régime saturé

Règle du régime saturé \(\varepsilon>0\Leftrightarrow v_s=+V_{sat}\) ; \(\varepsilon<0\Leftrightarrow v_s=-V_{sat}\). Rappel (Ch3, §1.3) : quand il n'y a pas de rétroaction sur la borne (−), l'ALI fonctionne en régime saturé.

1.1 · Le montage comparateur simple

Dans un montage comparateur simple, il n'y a aucune boucle de rétroaction : les deux entrées (+) et (−) sont indépendantes, directement reliées aux signaux à comparer.

E0 − + e s
Montage comparateur simple : \(E_0\) sur (−), \(e\) sur (+), aucune rétroaction entre la sortie \(s\) et les entrées.

Sans rétroaction, l'ALI amplifie la moindre différence \(\varepsilon\) avec son gain \(A_d\) énorme (\(\approx2\times10^5\)) : la sortie part instantanément dans un des deux états de saturation.

Comparateur simple \(v_s=+V_{sat}\) quand \(v_+>v_-\), et \(v_s=-V_{sat}\) quand \(v_+<v_-\).
✏️ Question 1 — Comparateur simple : \(e\) sur (+), \(E_0>0\) sur (−) ♦♦

On utilise ce montage pour comparer un signal d'entrée \(e\), appliqué sur la borne (+), à une tension seuil constante \(E_0\) (\(E_0>0\) ici) appliquée sur la borne (−). Expliquer l'allure des oscillogrammes à partir de \(t=0\), en utilisant les mots : saturation haute, saturation basse et basculement. Indiquer sur le diagramme entrée-sortie \(s=f(e)\) les dates \(t=0,\,T/4,\,T/2,\,3T/4,\,T\) et les basculements. Prédire l'allure des spectres en fréquences des signaux d'entrée et de sortie.

Ici \(v_+=e\) et \(v_-=E_0\), donc \(\varepsilon=e-E_0\) :

\[ v_s=+V_{sat}\text{ si }e>E_0\ ;\qquad v_s=-V_{sat}\text{ si }e<E_0 \]
e s +Vsat -Vsat E0 Diagramme entree-sortie s=f(e) : e sur (+), E0>0 sur (-)
Diagramme entrée-sortie : palier bas tant que \(e<E_0\), saut à \(+V_{sat}\) dès que \(e\) dépasse \(E_0\).

Pour un signal d'entrée sinusoïdal \(e(t)=E_m\sin(2\pi t/T)\) avec \(E_m>E_0>0\), en supposant \(e(0)=0\) (départ croissant) :

  • \(t=0\) : \(e=0<E_0\) ⟹ saturation basse (\(s=-V_{sat}\)).
  • \(e\) croît ; basculement vers la saturation haute au premier instant \(t_1=\dfrac{T}{2\pi}\arcsin\!\dfrac{E_0}{E_m}\) où \(e\) franchit \(E_0\) (entre \(0\) et \(T/4\)).
  • \(t=T/4\) : \(e=E_m\) (maximum) \(>E_0\) ⟹ saturation haute (\(s=+V_{sat}\)).
  • \(e\) redescend ; basculement vers la saturation basse à \(t_2=T/2-t_1\), par symétrie du sinus autour du maximum.
  • \(t=T/2\) : \(e=0<E_0\) ⟹ saturation basse.
  • \(t=3T/4\) : \(e=-E_m<E_0\) ⟹ toujours saturation basse (aucun nouveau basculement, \(e\) reste sous \(E_0\) tant qu'il est négatif).
  • \(t=T\) : \(e=0<E_0\) ⟹ saturation basse, identique à \(t=0\) ; le cycle recommence avec le prochain basculement à \(T+t_1\).
t E0 +Vsat -Vsat 0 T/4 T/2 3T/4 T Effet sur e(t)=Em.sin(2πt/T)
Oscillogrammes : \(e(t)\) en gris, \(s(t)\) en vert. Comme \(0<E_0<E_m\), \(s\) n'est en saturation haute que sur une brève portion, centrée sur chaque maximum de \(e\).
La sortie est un signal créneau non symétrique (rapport cyclique \(<50\%\)) : elle bascule deux fois par période, aux instants \(t_1\) et \(T/2-t_1\) où \(e\) franchit \(E_0\).

Spectres en fréquence. Le signal d'entrée \(e(t)\) est purement sinusoïdal : son spectre est une unique raie à la fréquence fondamentale \(f=1/T\).

Piège Le spectre de \(s(t)\) n'est pas celui d'un créneau symétrique (Ch2, §Fourier) : comme \(E_0\neq0\), le rapport cyclique est différent de \(50\%\), donc \(s(t)\) a une valeur moyenne non nulle (composante continue) et son spectre contient toutes les harmoniques de \(f\) (paires et impaires), pas seulement les impaires du cas symétrique.
✏️ Question 2 — Même étude avec \(e\) sur (−) et \(E_0>0\) sur (+) ♦♦

Refaire les trois figures de la Question 1 dans le cas où on applique \(e(t)\) sur (−) et \(E_0>0\) sur (+).

Ici \(v_+=E_0\) et \(v_-=e\), donc \(\varepsilon=E_0-e\) : tous les résultats de la Question 1 sont inversés (hauts et bas échangés) :

\[ v_s=+V_{sat}\text{ si }e<E_0\ ;\qquad v_s=-V_{sat}\text{ si }e>E_0 \]
e s +Vsat -Vsat E0 Diagramme entree-sortie s=f(e) : e sur (-), E0>0 sur (+)
Diagramme entrée-sortie inversé par rapport à la Question 1 : palier haut pour \(e<E_0\), saut vers \(-V_{sat}\) dès que \(e\) dépasse \(E_0\).
t E0 +Vsat -Vsat 0 T/4 T/2 3T/4 T Effet sur e(t)=Em.sin(2πt/T) (e sur -, E0 sur +)
Oscillogrammes inversés par rapport à la Question 1 : \(s(t)\) reste en saturation haute la majeure partie de la période, sauf un bref passage bas autour de chaque maximum de \(e\).
Mêmes basculements \(t_1\) et \(T/2-t_1\), mais états hauts et bas échangés par rapport à la Question 1 : rapport cyclique \(>50\%\) désormais. Même raisonnement pour les spectres (raie unique en entrée, fondamentale + toutes harmoniques + composante continue en sortie).

1.2 · Le montage comparateur à hystérésis non inverseur (Trigger de Schmitt non inverseur)

e R1 − + − s R2
Montage Trigger de Schmitt non inverseur : \(v_e\) via \(R_1\) sur le nœud (+), \(R_2\) en rétroaction entre la sortie \(v_s\) et ce même nœud, (−) relié à la masse.

Dans ce montage, on a \(v_-=0\) (borne (−) à la masse) donc \(v_+=\varepsilon\). On utilise la LNTP (Millman, Ch3 §3.2) à la borne (+), avec les deux branches \(R_1\) (vers \(v_e\)) et \(R_2\) (vers \(v_s\), rétroaction) qui s'y rejoignent :

\[ \varepsilon=v_+=\frac{R_2v_e+R_1v_s}{R_1+R_2} \]
e s +Vsat -Vsat +β.Vsat -β.Vsat Diagramme entree-sortie du Trigger de Schmitt non inverseur
Cycle d'hystérésis (\(\beta=R_1/R_2\)) : la branche verte est suivie quand \(v_e\) croît, la branche orange quand \(v_e\) décroît — deux trajets distincts selon le sens de variation.
Conclusion — hystérésis La condition de basculement n'est pas la même selon l'état de saturation de l'ALI. Il existe un domaine \(-\beta V_{sat}<v_e<+\beta V_{sat}\) (avec \(\beta=R_1/R_2\)) dans lequel le système peut être dans l'un ou l'autre état de saturation, selon son état antérieur : le système présente un phénomène d'hystérésis, il garde en mémoire l'état antérieur, ce qui le rend robuste aux fluctuations.
✏️ Question 3 — Pertinence de l'hystérésis pour une régulation TOR ♦

Justifier la pertinence de ce type de montage dans des dispositifs de régulation TOR (Tout-Ou-Rien).

Une régulation TOR (ex. thermostat) compare une grandeur mesurée (température, niveau…) à un seuil pour piloter un relais tout-ou-rien (chauffage ON/OFF). Avec un comparateur simple (seuil unique), le moindre bruit de mesure autour du seuil provoquerait des basculements incessants du relais (phénomène de « chattering ») : usure prématurée du relais, cyclage rapide néfaste pour l'actionneur commandé.

L'hystérésis crée une zone morte \([-\beta V_{sat},+\beta V_{sat}]\) dans laquelle le système ne bascule pas, quel que soit le bruit présent, tant que celui-ci reste dans cette bande : le nombre de commutations est fortement réduit, ce qui protège l'actionneur. C'est le principe de tout thermostat mécanique ou électronique.

1.3 · Autres montages comparateurs à hystérésis

✏️ Question 4 — Comparateur à hystérésis inverseur (symétrique), puis cas non symétrique ♦♦♦

Refaire l'étude complète (schéma du montage, expression de \(\varepsilon\), conditions de basculement selon l'état initial, diagramme entrée-sortie et effet sur un signal sinusoïdal) pour un montage comparateur à hystérésis inverseur (symétrique). On montrera que les basculements se produisent pour \(v_e=\pm\dfrac{R_1}{R_1+R_2}V_{sat}\).

Montage. Topologie duale de celle du §1.2 : \(v_e\) est appliquée directement sur (−) ; la borne (+) est reliée au point milieu d'un pont diviseur \(R_1\)/\(R_2\) entre la masse (via \(R_1\)) et la sortie \(v_s\) (via \(R_2\), rétroaction).

LNTP à la borne (+) (trois branches : \(v_s\) via \(R_2\), masse via \(R_1\)) :

\[ v_+=\frac{v_s/R_2+0/R_1}{1/R_1+1/R_2}=v_s\cdot\frac{R_1}{R_1+R_2} \]

et \(v_-=v_e\), donc \(\varepsilon=v_+-v_-=\dfrac{R_1}{R_1+R_2}v_s-v_e\). Notons \(\beta'=\dfrac{R_1}{R_1+R_2}\).

  • Si \(v_s=+V_{sat}\) : \(v_+=+\beta'V_{sat}\). L'ALI reste en saturation haute tant que \(\varepsilon>0\Leftrightarrow v_e<\beta'V_{sat}\), et bascule vers la saturation basse dès que \(v_e>\beta'V_{sat}\).
  • Si \(v_s=-V_{sat}\) : \(v_+=-\beta'V_{sat}\). L'ALI reste en saturation basse tant que \(\varepsilon<0\Leftrightarrow v_e>-\beta'V_{sat}\), et bascule vers la saturation haute dès que \(v_e<-\beta'V_{sat}\).
\[ \boxed{\ v_e=\pm\frac{R_1}{R_1+R_2}V_{sat}\ } \] (bascule vers le bas à \(+\beta'V_{sat}\), vers le haut à \(-\beta'V_{sat}\)) — résultat conforme à l'énoncé.
e s +Vsat -Vsat +β'.Vsat -β'.Vsat Diagramme entree-sortie du Trigger de Schmitt inverseur
Cycle d'hystérésis inverseur : orientation opposée à celle du montage non inverseur (§1.2) — la branche haute est suivie pour \(v_e\) décroissant.

Sur un signal sinusoïdal d'amplitude \(E_m>\beta'V_{sat}\), on obtient de la même manière qu'aux Questions 1–2 un créneau, mais dont les instants de basculement sont légèrement décalés dans le temps l'un par rapport à l'autre (pas de symétrie parfaite entre montée et descente, contrairement au cas idéal sans hystérésis) — le décalage temporel entre les deux fronts est directement lié à la largeur \(2\beta'V_{sat}\) de la bande d'hystérésis.

Cas non symétrique (bonus) On peut aussi étudier un comparateur à hystérésis non symétrique. Pour le branchement non inverseur (topologie du §1.2, mais avec une tension seuil \(E_0\neq0\) sur (−) au lieu de la masse), on montre que les basculements se produisent pour \(v_e=\big(1+\tfrac{R_1}{R_2}\big)E_0\pm\tfrac{R_1}{R_2}V_{sat}\). Démonstration : la LNTP à (+) est inchangée, \(v_+=\dfrac{R_2v_e+R_1v_s}{R_1+R_2}\), mais désormais \(v_-=E_0\) (au lieu de \(0\)). Le basculement a lieu quand \(\varepsilon=0\), soit \(v_+=E_0\) : \[ \frac{R_2v_e+R_1v_s}{R_1+R_2}=E_0\ \Longrightarrow\ v_e=\Big(1+\frac{R_1}{R_2}\Big)E_0-\frac{R_1}{R_2}v_s \] En remplaçant \(v_s=+V_{sat}\) puis \(v_s=-V_{sat}\), on obtient bien les deux seuils \(v_e=\big(1+\tfrac{R_1}{R_2}\big)E_0\mp\tfrac{R_1}{R_2}V_{sat}\), soit \(\big(1+\tfrac{R_1}{R_2}\big)E_0\pm\tfrac{R_1}{R_2}V_{sat}\) une fois les deux cas combinés — conforme à l'énoncé (qui renvoie aussi à Vuibert, méth. 20.5, pour la vérification du cas inverseur non symétrique).

2. Analyse du comportement d'un ALI idéal du premier ordre — stabilité

2.1 · Modèle de l'ALI idéal de gain dynamique (filtre passe-bas du premier ordre)

\[ \underline{A_d}(j\omega)=\frac{\underline{v_s}}{\underline\varepsilon}=\mu_0\frac{1}{1+j\omega\tau} =\mu_0\frac{1}{1+j\omega/\omega_0} \]

Dans ce modèle, le gain \(\mu_0\) n'est plus infini (mais il reste très grand, \(\approx2\times10^5\)). On va constater l'intérêt de ce modèle pour étudier la stabilité de deux montages typiques (dont on connaît déjà le comportement en régime établi), en supposant au départ qu'ils fonctionnent en régime linéaire (car \(\underline{A_d}(j\omega)\) n'a de sens qu'en régime linéaire).

Piège Puisque \(|\underline{A_d}|\) est finie dans ce modèle, on ne peut plus considérer \(\varepsilon=0\) en régime linéaire (contrairement au modèle « de gain infini », Ch3 §2.2) !

2.2 · Stabilité du montage amplificateur non inverseur

On reprend le montage non inverseur du Ch3 (§3.2), mais sans supposer \(\varepsilon=0\) : la borne (−) est le point milieu du pont diviseur \(R_1\)/\(R_2\), donc \(v_-=\dfrac{R_1}{R_1+R_2}v_s\), et \(v_+=v_e\) :

\[ \varepsilon=v_+-v_-=v_e-\frac{R_1}{R_1+R_2}v_s \]

En injectant \(v_s=\underline{A_d}\,\varepsilon=\mu_0\dfrac{1}{1+j\omega\tau}\,\varepsilon\) :

\[ v_s(1+j\omega\tau)=\mu_0\Big(v_e-\frac{R_1}{R_1+R_2}v_s\Big) \ \Longrightarrow\ v_s\Big(1+\mu_0\frac{R_1}{R_1+R_2}+j\omega\tau\Big)=\mu_0v_e \] \[ \boxed{\ \underline H=\frac{v_s}{v_e}=\frac{\mu_0}{1+\mu_0\dfrac{R_1}{R_1+R_2}+j\omega\tau}\ } \]

On reconnaît une fonction de transfert typique d'un filtre passe-bas du premier ordre. Les deux coefficients du dénominateur — le terme constant \(1+\mu_0\dfrac{R_1}{R_1+R_2}\) et le coefficient \(\tau\) de \(j\omega\) — sont tous deux strictement positifs (\(\mu_0>0\), résistances \(>0\), \(\tau>0\)) : ils sont de même signe.

En régime linéaire, le système est stable. On généralise ce résultat à tout montage avec une boucle de rétroaction sur (−) uniquement.
Remarque Si on fait tendre \(\mu_0\to\infty\), le dénominateur est dominé par \(\mu_0\dfrac{R_1}{R_1+R_2}\), et \(\underline H\to\dfrac{R_1+R_2}{R_1}=1+\dfrac{R_2}{R_1}\) : on retrouve exactement la relation entrée-sortie classique de ce montage (Ch3, Q8), obtenue directement avec le modèle de gain infini.

2.3 · Stabilité du montage comparateur à hystérésis inverseur

On reprend le montage du §1.3 (Question 4), toujours sans supposer \(\varepsilon=0\) : \(v_-=v_e\) et \(v_+=\dfrac{R_1}{R_1+R_2}v_s\), donc :

\[ \varepsilon=v_+-v_-=\frac{R_1}{R_1+R_2}v_s-v_e \]

En injectant à nouveau \(v_s=\mu_0\dfrac{1}{1+j\omega\tau}\,\varepsilon\) :

\[ v_s(1+j\omega\tau)=\mu_0\Big(\frac{R_1}{R_1+R_2}v_s-v_e\Big) \ \Longrightarrow\ v_s\Big(1-\mu_0\frac{R_1}{R_1+R_2}+j\omega\tau\Big)=-\mu_0v_e \] \[ \boxed{\ \underline H=\frac{v_s}{v_e}=\frac{-\mu_0}{1-\mu_0\dfrac{R_1}{R_1+R_2}+j\omega\tau}\ } \]

Le terme constant du dénominateur, \(1-\mu_0\dfrac{R_1}{R_1+R_2}\), est fortement négatif puisque \(\mu_0\) est très grand (\(\approx2\times10^5\)) : le produit \(\mu_0\dfrac{R_1}{R_1+R_2}\) domine largement le \(1\). Le coefficient de \(j\omega\), \(\tau\), reste positif. Les deux coefficients du dénominateur sont donc de signes opposés.

En régime linéaire, le système est instable : la réponse diverge, et l'ALI se retrouve en réalité dans le régime saturé. On généralise ce résultat à tout montage avec une boucle de rétroaction sur (+) uniquement — ce qui confirme et justifie la règle du régime saturé énoncée au Ch3 §1.3 et rappelée en tête de ce chapitre.

2. Exercices créés — à partir du TP4 (comparateurs)

Le TP4 (« Quelques comparateurs ») est un TP de laboratoire : câblage, oscilloscope, FFT. Il n'existe pas de fichier « Exos4 » officiel pour ce chapitre. Les trois exercices ci-dessous reprennent les parties calculatoires du TP4 (dimensionnement, relations, prédictions), avec une correction complète — les manipulations purement expérimentales (câblage, lecture d'oscilloscope) ne sont pas reproductibles ici et sont volontairement laissées de côté.

✏️ Exercice 1 — Reconnaître un comparateur simple inverseur ♦♦

On veut réaliser un montage à ALI qui, pour une entrée sinusoïdale symétrique d'amplitude \(5{,}0\) V et de fréquence \(100\) Hz, donne en sortie un signal créneau inversé (\(v_s>0\) quand \(v_e<0\) et réciproquement), de même fréquence et d'amplitude \(V_{sat}=15\) V.

a) Identifier et nommer ce montage ; schématiser le diagramme entrée-sortie attendu.

b) Proposer un montage vu au Ch3 (avec une rétroaction sur la borne (−)) qui donnerait un résultat similaire, et dimensionner ses résistances.

a) La condition « \(v_s>0\) quand \(v_e<0\), \(v_s<0\) quand \(v_e>0\) » est exactement le cas particulier \(E_0=0\) de la Question 2 (§1.2) : \(v_e\) sur (−), masse (\(0\) V) sur (+). C'est un comparateur simple inverseur (aucune rétroaction, seuil nul).

\[ v_s=+V_{sat}\text{ si }v_e<0\ ;\qquad v_s=-V_{sat}\text{ si }v_e>0 \]
Montage : \(v_e\) directement sur (−), masse directement sur (+), sortie \(v_s\). C'est le comparateur simple inverseur, cas limite \(E_0\to0\) de la Question 2.

b) Un montage amplificateur inverseur (Ch3, §3.3, Q10) avec un gain \(|R_2/R_1|\) très supérieur au strict nécessaire pour saturer donne, une fois poussé en régime d'écrêtage sévère (Ch3, Q13), une sortie qui ressemble à un créneau inversé.

Condition minimale de saturation (Ch3, Q13) : \(E_m\cdot\dfrac{R_2}{R_1}>V_{sat}\), soit \(\dfrac{R_2}{R_1}>\dfrac{V_{sat}}{E_m}=\dfrac{15}{5{,}0}=3\). En choisissant \(R_1=100\ \Omega\) (résistance disponible au labo) et \(R_2=10\text{ k}\Omega\), le gain vaut \(R_2/R_1=100\gg3\) :

\[ v_{s,\text{idéal}}=-v_e\cdot\frac{R_2}{R_1}=-100\,v_e \]

Avec \(v_e\) d'amplitude \(5{,}0\) V, la sortie idéale atteindrait \(\pm500\) V : elle écrête donc à \(\pm V_{sat}=\pm15\) V dès que \(|v_e|\) dépasse \(V_{sat}/100=0{,}15\) V, c'est-à-dire pendant la quasi-totalité de la période (\(0{,}15\) V \(\ll5{,}0\) V). Le passage entre \(+V_{sat}\) et \(-V_{sat}\) se fait alors sur un intervalle de temps très court, centré sur chaque passage par zéro de \(v_e\) : la sortie ressemble bien à un créneau inversé, de même fréquence que \(v_e\).

Montage inverseur (Ch3 §3.3) avec \(R_1=100\ \Omega\), \(R_2=10\text{ k}\Omega\) (gain \(100\gg3\)) : sortie quasi-créneau inversée par écrêtage, d'amplitude \(V_{sat}=15\) V.
Remarque Les deux montages ne sont pas rigoureusement équivalents : le comparateur simple (a) bascule exactement à \(v_e=0\) et instantanément (aux temps de réponse de l'ALI près), tandis que le montage inverseur saturé (b) reste en régime linéaire sur une petite fenêtre \(|v_e|<0{,}15\) V autour de zéro — d'où une transition légèrement moins abrupte, mais indiscernable à l'oscilloscope pour un gain aussi grand.
✏️ Exercice 2 — Rapport cyclique d'un comparateur simple non inverseur ♦♦♦

On réalise un montage comparateur simple non inverseur qui compare une tension d'entrée triangulaire symétrique d'amplitude \(E_m=10\) V et \(f=100\) Hz à une tension de référence continue \(V_{réf}>0\), prélevée aux bornes d'une résistance \(R=100\ \Omega\) après division de la tension d'alimentation \(V_{CC}=+15\) V par un pont diviseur \(R\)/\(R_{var}\). On appelle rapport cyclique en saturation haute, noté \(\alpha\), le pourcentage de temps durant lequel la sortie est bloquée en saturation haute.

a) Trouver la relation entre \(\alpha\), \(V_{réf}\) et \(E_m\) pour un signal d'entrée triangulaire. b) Calculer \(V_{réf}\) pour \(\alpha=20\%\), puis la valeur de \(R_{var}\) nécessaire. c) Prédire la variation de \(\alpha\) avec \(V_{réf}\), et comment obtenir \(\alpha>50\%\).

a) Mise en équation. Soit \(e(t)\) triangulaire, \(-E_m\) à \(t=0\), montant linéairement jusqu'à \(+E_m\) en \(t=T/2\), puis redescendant jusqu'à \(-E_m\) en \(t=T\) (période \(T\)). Sur la montée (\(0\le t\le T/2\)) : \(e(t)=-E_m+\dfrac{4E_m}{T}t\). Le comparateur (non inverseur, \(V_{réf}\) sur (−)) donne \(v_s=+V_{sat}\) quand \(e>V_{réf}\). Le franchissement de \(V_{réf}\) à la montée a lieu en :

\[ t_{montée}=\frac{T(E_m+V_{réf})}{4E_m} \]

Le temps passé au-dessus de \(V_{réf}\) pendant la montée (de \(t_{montée}\) à \(T/2\)) vaut :

\[ \frac{T}{2}-t_{montée}=\frac{T}{2}-\frac{T(E_m+V_{réf})}{4E_m}=\frac{T(E_m-V_{réf})}{4E_m} \]

Par symétrie du triangle, la redescente (de \(T/2\) à \(T\)) passe au-dessus de \(V_{réf}\) pendant exactement le même temps \(\dfrac{T(E_m-V_{réf})}{4E_m}\) (portion miroir autour du maximum). Le temps total au-dessus de \(V_{réf}\) par période vaut donc :

\[ t_{haut}=2\times\frac{T(E_m-V_{réf})}{4E_m}=\frac{T(E_m-V_{réf})}{2E_m} \] \[ \boxed{\ \alpha=\frac{t_{haut}}{T}=\frac{1}{2}\Big(1-\frac{V_{réf}}{E_m}\Big)\ } \]

Vérification : si \(V_{réf}=0\), \(\alpha=50\%\) (seuil au centre, créneau symétrique) — cohérent. Si \(V_{réf}\to E_m\), \(\alpha\to0\) (seuil au sommet, presque jamais dépassé) — cohérent.

t Vref Em -Em +Vsat -Vsat α.T e(t) triangulaire ±Em, seuil Vref=0.6.Em → α=20%
Rapport cyclique \(\alpha\) : fraction de la période où \(e(t)\) (gris) dépasse \(V_{réf}\) (pointillés orange), soit là où \(s(t)\) (vert) est en saturation haute.

b) Application numérique. Pour \(\alpha=20\%=0{,}2\) et \(E_m=10\) V :

\[ 0{,}2=\frac12\Big(1-\frac{V_{réf}}{10}\Big)\ \Longrightarrow\ \frac{V_{réf}}{10}=1-0{,}4=0{,}6 \ \Longrightarrow\ V_{réf}=6{,}0\text{ V} \]

Pont diviseur : \(V_{réf}\) est prélevée aux bornes de \(R=100\ \Omega\), en série avec \(R_{var}\) entre \(V_{réf}\) et \(V_{CC}=+15\) V :

\[ V_{réf}=V_{CC}\cdot\frac{R}{R+R_{var}}\ \Longrightarrow\ R+R_{var}=V_{CC}\cdot\frac{R}{V_{réf}} =15\times\frac{100}{6{,}0}=250\ \Omega \]
\[ \boxed{\ V_{réf}=6{,}0\text{ V}\ ,\qquad R_{var}=250-100=150\ \Omega\ } \]

c) Variation de \(\alpha\) avec \(V_{réf}\). D'après la relation de a), \(\alpha=\tfrac12-\tfrac{V_{réf}}{2E_m}\) est une fonction affine décroissante de \(V_{réf}\) : \(\alpha=50\%\) pour \(V_{réf}=0\), \(\alpha\to0\) quand \(V_{réf}\to E_m\).

\(\alpha\) diminue linéairement quand \(V_{réf}\) (donc \(R_{var}\)) augmente. Pour obtenir \(\alpha>50\%\), il faudrait \(V_{réf}<0\) : impossible avec ce pont diviseur alimenté uniquement par \(+V_{CC}\) (qui n'impose que \(V_{réf}>0\)). Il faudrait soit inverser la polarité de la référence (pont diviseur sur \(-V_{CC}\)), soit échanger les entrées (+)/(−) du comparateur (comparateur simple inverseur au lieu de non inverseur).
✏️ Exercice 3 — Dimensionner un trigger de Schmitt inverseur (\(\pm3\) V) ♦♦

On veut réaliser un montage comparateur à hystérésis inverseur symétrique (§1.3), avec les deux résistances disponibles au labo (\(R=100\ \Omega\) fixe et \(R_{var}\) réglable), de manière à observer un basculement à \(\pm3\) V (avec \(V_{sat}=15\) V). a) Calculer la valeur de \(R_{var}\) nécessaire. b) Discuter de l'effet d'une variation de \(R_{var}\) sur le cycle d'hystérésis. c) Est-il pertinent de discuter d'un rapport cyclique pour ce montage ?

a) D'après la Question 4 (§1.3), les basculements ont lieu pour \(v_e=\pm\dfrac{R_1}{R_1+R_2}V_{sat}\). On veut ce seuil égal à \(3\) V avec \(V_{sat}=15\) V :

\[ \frac{R_1}{R_1+R_2}=\frac{3}{15}=\frac15\ \Longrightarrow\ R_1+R_2=5R_1\ \Longrightarrow\ R_2=4R_1 \]
Choix de montage Le TP dispose de deux résistances, \(R=100\ \Omega\) (fixe) et \(R_{var}\) (réglable). On choisit \(R_1=R=100\ \Omega\) (résistance de masse) et \(R_2=R_{var}\) (résistance de rétroaction, entre la sortie et le nœud (+)) : c'est \(R_{var}\) qui permet d'ajuster le seuil, ce qui est cohérent avec son rôle de résistance de réglage au §2 du TP.
\[ R_2=4R_1=4\times100=400\ \Omega \]
\[ \boxed{\ R_1=R=100\ \Omega\ ,\qquad R_2=R_{var}=400\ \Omega\ } \] (avec le choix inverse \(R_1=R_{var}\), \(R_2=R=100\ \Omega\), on trouverait \(R_{var}=25\ \Omega\) — les deux montages sont physiquement valables, seule la convention de nommage change.)
e s +Vsat -Vsat +β'.Vsat -β'.Vsat Diagramme entree-sortie du Trigger de Schmitt inverseur (Ex3 : seuils +-3V)
Cycle d'hystérésis dimensionné pour basculer à \(\pm3\) V (\(V_{sat}=15\) V, \(\beta'=R_1/(R_1+R_2)=1/5\)).

b) Le seuil vaut \(\beta'V_{sat}=\dfrac{R_1}{R_1+R_2}V_{sat}\) avec \(R_1=100\ \Omega\) fixe et \(R_2=R_{var}\) :

  • Si \(R_{var}\) augmente : \(\beta'=\dfrac{100}{100+R_{var}}\) diminue ⟹ le seuil se rapproche de \(0\) ⟹ cycle d'hystérésis plus étroit.
  • Si \(R_{var}\to0\) : \(\beta'\to1\), seuil \(\to V_{sat}=15\) V ⟹ cycle le plus large possible.
  • Si \(R_{var}\to\infty\) (rétroaction quasiment coupée) : \(\beta'\to0\), seuil \(\to0\) ⟹ l'hystérésis disparaît, le montage se comporte comme un comparateur simple inverseur (Exercice 1a).
Augmenter \(R_{var}\) resserre le cycle d'hystérésis vers \(0\) ; le diminuer l'élargit vers \(\pm V_{sat}\).

c) Le signal d'entrée utilisé (comme au §1 du TP) est une sinusoïde symétrique, et le cycle d'hystérésis dimensionné ici est lui aussi symétrique (\(\pm3\) V). Par symétrie du montage, le temps passé en saturation haute est nécessairement égal au temps passé en saturation basse.

Non : discuter d'un rapport cyclique n'a pas de sens ici, car il vaut systématiquement \(50\%\) par symétrie. Pour le faire varier (comme à l'Exercice 2), il faudrait décentrer le montage — par exemple ajouter une tension de seuil \(E_0\neq0\), comme dans le cas non symétrique du §1.3.

3. Activité du Ch4 — Stabilité des montages avec ALI (corrigé intégral)

Activité du 01/10/2026 (D. Courtois, AEM2 P2030 S3). Objectif : déterminer la stabilité d'un montage à ALI avec trois outils : (1) le modèle de gain dynamique \(\underline{A_d}\) quand il y a de la rétroaction sur les deux entrées, (2) le modèle de gain infini, (3) un gain constant \(G\).

Méthode (Ch4 §2) — critère de stabilité
  1. Modèle \(\underline{A_d}=\dfrac{\mu_0}{1+j\omega\tau}\) (\(\mu_0\approx2\times10^5\), \(\tau>0\)), ALI supposé en régime linéaire : \(\underline s=\underline{A_d}\,\underline\varepsilon\) avec \(\underline\varepsilon\neq0\).
  2. Exprimer \(v_+\) et \(v_-\) en fonction de \(\underline e\) et \(\underline s\) (diviseur de tension, ou Millman/superposition), puis \(\underline\varepsilon=v_+-v_-\).
  3. Injecter dans \(\underline s(1+j\omega\tau)=\mu_0\underline\varepsilon\) et mettre sous la forme \(\underline H=\dfrac{N}{a_0+a_1\,j\omega}\) (dénominateur de degré 1).
  4. Stable ssi \(a_0\) et \(a_1\) sont de même signe (équation différentielle \(a_1\dot s+a_0 s=\dots\) : solution homogène \(e^{-a_0t/a_1}\), qui décroît ssi \(a_0/a_1>0\)). Sinon instable : l'ALI sort du régime linéaire et sature.
✏️ Exercice 1 — Montage avec rétroaction sur (+) et (−) ♦♦♦
Énoncé activité Ch4, exercice 1
Énoncé (Exos4.pdf, feuille officielle)

Question 1.1 — Modèle, régime et relation entre \(\underline s\) et \(\underline\varepsilon\)

Comme \(\varepsilon\neq0\) ici, on ne peut pas utiliser le modèle de gain infini. On choisit le modèle de gain différentiel dynamique (passe-bas du premier ordre) :

\[ \underline{A_d}(j\omega)=\frac{\mu_0}{1+j\omega\tau} \]

On suppose le régime linéaire (c'est la seule situation où \(\underline{A_d}\) a un sens), d'où :

\(\underline s=\underline{A_d}\,\underline\varepsilon=\dfrac{\mu_0}{1+j\omega\tau}\,\underline\varepsilon \iff \underline s\,(1+j\omega\tau)=\mu_0\,\underline\varepsilon\)

Question 1.2 — Étapes pour exprimer \(\underline\varepsilon\) en fonction de \(\underline e\) et \(\underline s\)

  1. Définition : \(\underline\varepsilon=\underline v_+-\underline v_-\).
  2. Calculer \(\underline v_+\) en fonction de \(\underline e\) et \(\underline s\) (deux résistances sur la borne (+), courant d'entrée de l'ALI nul : théorème de Millman ou superposition).
  3. Calculer \(\underline v_-\) en fonction de \(\underline s\) (diviseur de tension sur la borne (−), car l'entrée \(e\) n'y est pas reliée).
  4. Faire la différence.

Question 1.3 — Comment conclure sur la stabilité ?

On remplace \(\underline\varepsilon\) dans \(\underline s(1+j\omega\tau)=\mu_0\underline\varepsilon\), on isole \(\underline s\) et on obtient \(\underline H=\underline s/\underline e\) avec un dénominateur du premier ordre \(a_0+a_1j\omega\). Le système est stable ssi \(a_0\) et \(a_1\) sont de même signe (voir encart ci-dessus).

Question 2 — Application au montage

Cadre. Résistances : \(R\) entre \(e\) et (+) ; \(R\) entre \(s\) et (+) ; \(R\) entre (−) et la masse ; \(kR\) entre \(s\) et (−). Courants d'entrée de l'ALI nuls. On note \(k>0\).

Tension \(v_+\) (Millman, ou deux résistances égales entre \(e\) et \(s\)) :

\[ \underline v_+=\frac{\dfrac{\underline e}{R}+\dfrac{\underline s}{R}}{\dfrac1R+\dfrac1R}=\frac{\underline e+\underline s}{2} \]

Tension \(v_-\) (diviseur entre \(kR\) côté \(s\) et \(R\) côté masse) :

\[ \underline v_-=\underline s\,\frac{R}{R+kR}=\frac{\underline s}{1+k} \]

Erreur de l'ALI :

\[ \underline\varepsilon=\underline v_+-\underline v_-=\frac{\underline e}{2}+\underline s\Big(\frac12-\frac1{1+k}\Big) =\frac{\underline e}{2}+\underline s\,\frac{k-1}{2(k+1)} \]

Unification avec \(\underline s(1+j\omega\tau)=\mu_0\underline\varepsilon\) :

\[ \underline s\,(1+j\omega\tau)=\frac{\mu_0}{2}\underline e+\mu_0\frac{k-1}{2(k+1)}\,\underline s \ \Longrightarrow\ \underline s\Big(1-\mu_0\frac{k-1}{2(k+1)}+j\omega\tau\Big)=\frac{\mu_0}{2}\underline e \] \[ \boxed{\ \underline H=\frac{\underline s}{\underline e}=\frac{\mu_0/2}{\,1-\mu_0\dfrac{k-1}{2(k+1)}+j\omega\tau\,}\ } \]

Ici \(a_1=\tau>0\) toujours. La stabilité est donc équivalente à \(a_0>0\) :

\[ 1-\mu_0\frac{k-1}{2(k+1)}>0\iff 2(k+1)>\mu_0(k-1)\iff k(\mu_0-2)<\mu_0+2 \iff k<\frac{\mu_0+2}{\mu_0-2}\simeq1+\frac{4}{\mu_0} \]

Application numérique (\(\mu_0=2\times10^5\)) : \(\dfrac{\mu_0+2}{\mu_0-2}=1{,}00002\).

Stable si \(k<1+4/\mu_0\simeq1{,}00002\), c'est-à-dire en pratique si \(k\le1\) ; instable dès que \(k>1\) (à \(2\times10^{-5}\) près) : l'ALI sature alors. Le cas \(k=1\) est la limite (montage « symétrique », \(\beta_+=\beta_-\)).
Interprétation Les taux de réinjection valent \(\beta_+=\dfrac12\) (sur (+)) et \(\beta_-=\dfrac1{1+k}\) (sur (−)). La rétroaction négative l'emporte (stabilité) si \(\beta_->\beta_+\iff k<1\) ; la positive l'emporte (instabilité) si \(k>1\). Le critère est exactement la comparaison des deux boucles.
Vérification Pour \(k<1\) et \(\mu_0\to\infty\) : \(\underline H\to\dfrac{\mu_0/2}{-\mu_0\frac{k-1}{2(k+1)}}=\dfrac{1+k}{1-k}\). Le modèle de gain infini (\(v_+=v_-\)) donne \((e+s)(1+k)=2s\), soit \(s/e=\dfrac{1+k}{1-k}\) : identique ✓. Pour \(k>1\) ce résultat serait négatif (\(H<0\) pour \(k>1\)) mais n'a pas de sens puisque le montage est instable.
Piège Ne pas poser \(\varepsilon=0\) dès le départ : on perdrait justement le terme \(\mu_0\) qui décide du signe de \(a_0\). Et on n'applique la règle « rétroaction sur (−) ⟹ linéaire » que si la boucle sur (−) est seule : ici les deux boucles coexistent, d'où l'étude.
✏️ Exercice 2 — Modèle de gain infini ♦♦
Énoncé activité Ch4, exercice 2
Énoncé (Exos4.pdf, feuille officielle)

Question 1 — Conditions de stabilité

Cadre. \(v_e\) alimente \(R\) vers (−) ; un condensateur \(C\) relie (−) à la sortie \(s\) ; sur (+) un pont de deux résistances \(R\) (une vers la masse, une vers \(s\)). Courants d'entrée nuls. On note \(\theta=RC\). Avec le modèle de gain infini, en régime linéaire : \(\varepsilon=0\), soit \(v_+=v_-\).

Tension \(v_+\) (diviseur de deux \(R\) égales) : \(v_+=\dfrac{v_s}{2}\), donc \(v_-=\dfrac{v_s}{2}\).

Loi des nœuds en (−) (courant d'entrée nul : le courant dans \(R\) traverse \(C\)) :

\[ \frac{v_e-v_-}{R}=C\,\frac{d(v_--v_s)}{dt} \ \Longrightarrow\ \frac{v_e-\frac{v_s}{2}}{R}=C\,\frac{d}{dt}\Big(\frac{v_s}{2}-v_s\Big)=-\frac{C}{2}\frac{dv_s}{dt} \]

On multiplie par \(2R\) :

\[ 2v_e-v_s=-RC\,\frac{dv_s}{dt}\ \Longrightarrow\ \boxed{\ RC\,\frac{dv_s}{dt}-v_s=-2v_e\ } \]

En complexes : \(v_s(j\omega RC-1)=-2v_e\), soit \(\underline H=\dfrac{2}{1-j\omega RC}\). Dénominateur \(a_0+a_1j\omega\) avec \(a_0=1>0\) et \(a_1=-RC<0\) : signes opposés.

Solution homogène : \(v_s=A\,e^{t/RC}\), qui diverge (exposant positif).

Le système est instable pour toutes les valeurs \(R>0\), \(C>0\). Il n'existe aucune condition de stabilité (il faudrait \(RC<0\), impossible). L'ALI sature : \(v_s\to\pm V_{sat}\).
Interprétation Aux basses fréquences, \(C\) est un circuit ouvert : la boucle sur (−) disparaît et il ne reste que la rétroaction sur (+) (\(\beta_+=\frac12\)), qui domine : c'est la règle « rétroaction sur (+) ⟹ saturé ». Le pôle instable est en \(p=+\dfrac1{RC}\) (partie réelle positive), et la sortie croît comme \(e^{t/RC}\) jusqu'à \(\pm V_{sat}\).
tv_s +V_sat instable : e^{t/RC} puis saturation stable : e^{-t/τ} → valeur finie

Question 2 — Pourquoi se passer du modèle de gain dynamique ?

Si on garde \(\underline{A_d}\) (avec \(\varepsilon\neq0\)) :

\[ \underline\varepsilon=\frac{\underline s}{2}-\frac{\underline e+j\omega\theta\,\underline s}{1+j\omega\theta} =\frac{\underline s\,(1-j\omega\theta)/2-\underline e}{1+j\omega\theta} \]

(\(v_-\) : diviseur entre \(R\) et \(C\), \(v_-=\dfrac{e+j\omega\theta\,s}{1+j\omega\theta}\)). Avec \(\underline s(1+j\omega\tau)=\mu_0\underline\varepsilon\), le dénominateur de \(\underline H\) devient, en posant \(p=j\omega\) :

\[ \tau\theta\,p^2+\Big(\tau+\theta+\frac{\mu_0\theta}{2}\Big)p+\Big(1-\frac{\mu_0}{2}\Big) \]

Le terme constant est négatif (\(\mu_0\gg2\)), les autres positifs : il y a changement de signe, donc au moins un pôle à partie réelle positive. Les racines valent approximativement \(p\simeq+\dfrac1{RC}\) (instable, lent) et \(p\simeq-\dfrac{\mu_0}{2\tau}\) (stable, très rapide, hors bande utile).

On a pu se passer du modèle dynamique car l'instabilité est portée par le pôle lent \(p=1/RC\), très inférieur à la bande passante de l'ALI (\(\omega_0=1/\tau\)) : à cette échelle de temps, l'ALI se comporte comme un gain quasi infini. La dynamique de l'ALI n'ajoute qu'un pôle rapide stable qui ne peut pas corriger le signe : le modèle de gain infini suffit pour conclure à l'instabilité.
Piège Le modèle de gain infini donne une conclusion fiable seulement quand l'instabilité est détectée (signes opposés). Pour conclure à la stabilité d'un montage, il faut au contraire le modèle dynamique (un pôle rapide peut déstabiliser).
✏️ Exercice 3 — Gain constant \(G\) ♦♦
Énoncé activité Ch4, exercice 3
Énoncé (Exos4.pdf, feuille officielle)

Lecture du schéma. \(e(t)\) attaque le condensateur \(C\) ; le nœud suivant a la tension \(v'(t)\) par rapport à la masse. L'amplificateur idéal (en pointillé) a une entrée \(v'\) sans courant d'entrée et une sortie \(s=G\,v'\) (source de tension commandée de gain constant \(G\)) ; \(R\) relie le nœud \(v'\) à la sortie. Le même courant \(i(t)\) traverse \(C\) puis \(R\). L'entrée \(v'\) est donc la borne (+) d'un ALI dont la sortie est rebouclée sur (+) par \(R\) : rétroaction positive.

Question 1 — Fonction de transfert et équation différentielle

Lois utilisées. Condensateur : \(i=C\dfrac{d(e-v')}{dt}\). Résistance : \(i=\dfrac{v'-s}{R}\) (\(i\) va de \(v'\) vers \(s\), flèche du schéma). Amplificateur : \(s=G\,v'\).

Égalité des deux expressions de \(i\), avec \(s=Gv'\) :

\[ C\frac{de}{dt}-C\frac{dv'}{dt}=\frac{v'(1-G)}{R} \ \Longrightarrow\ RC\frac{dv'}{dt}+(1-G)\,v'=RC\frac{de}{dt} \]

On multiplie par \(G\) (\(s=Gv'\)) :

\[ \boxed{\ RC\,\frac{ds}{dt}+(1-G)\,s=G\,RC\,\frac{de}{dt}\ } \]

En complexes (\(\dfrac{d}{dt}\to j\omega\)) :

\[ \boxed{\ \underline H=\frac{\underline s}{\underline e}=\frac{G\,j\omega RC}{(1-G)+j\omega RC}\ } \]

Forme canonique (\(G<1\)) : avec \(\omega_c=\dfrac{1-G}{RC}\), \(\underline H=G\,\dfrac{j\omega/\omega_c}{1+j\omega/\omega_c}\) : filtre passe-haut du premier ordre, de gain haute fréquence \(G\) et de pulsation de coupure \(\omega_c\).

Vérification dimensionnelle. \(RC\) est un temps (s) ; \(G\) est sans unité ; les trois termes de l'équation sont des tensions ✓. Cas \(G=0\) : \(s=0\), donc \(H=0\) ✓ (formule : numérateur nul).

Question 2 — Stabilité en fonction de \(G\)

Dénominateur : \(a_0=1-G\), \(a_1=RC>0\). Stable ssi \(a_0\) et \(a_1\) de même signe, soit \(1-G>0\) (solution homogène \(s=A\,e^{-(1-G)t/RC}\)).

Stable ssi \(G<1\) ; instable si \(G>1\) (\(s\propto e^{(G-1)t/RC}\) diverge) ; \(G=1\) : cas limite (pôle nul, régime marginal).

Discussion avec le comportement des ALI.

  • La boucle ci-dessus est positive (retour de \(s\) sur l'entrée « + » de l'amplificateur de gain \(G\)). Plus \(G\) est grand, plus la réinjection est forte : au-delà de \(G=1\), le gain de boucle dépasse l'unité et le système diverge.
  • Un vrai ALI a \(\mu_0\approx2\times10^5\gg1\) : le critère \(G<1\) n'est jamais satisfait. On retrouve le résultat du cours : une rétroaction sur (+) rend le montage instable ⟹ régime saturé (comparateur à hystérésis, Ex. 2 de ce chapitre).
  • Si la boucle était sur l'entrée inverseuse (\(s=-Gv'\)), l'équation deviendrait \(RC\,\dot s+(1+G)s=-G\,RC\,\dot e\) : \(a_0=1+G>0\), stable pour tout \(G>0\). C'est la rétroaction négative : régime linéaire.
Hypothèse de lecture ⚠️ Le symbole « cercle + flèche » de l'amplificateur est interprété comme une source de tension commandée \(s=G\,v'\) (\(G\) sans unité, « gain constant », cohérent avec l'énoncé).

📂 Documents donnés

Fichiers originaux du cours et du TP, déjà présents dans ce dossier. Cliquez pour ouvrir.

Cursus AM2 · P2030 · Semestre 3 · Partie Électronique, D. Courtois, Cours4 du 24/09/2026 et TP4 du 30/09/2026. Ce chapitre prolonge le Ch3 — ALI en régime linéaire : mêmes notations (\(\varepsilon\), \(v_+\), \(v_-\), \(V_{sat}\)), même règle de régime (rétroaction exclusive sur (−) ⟹ linéaire), désormais appliquée au cas où cette règle n'est pas respectée.