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Électronique AM2 (2ᵉ année) · Chapitre 6

Ch6 — Électronique numérique : numérisation, échantillonnage, spectre numérique

Une grande partie des filtres actuels sont des algorithmes de calcul appliqués à un signal préalablement numérisé. Ce chapitre explique comment on passe d'un signal analogique à une suite de nombres : la chaîne d'acquisition, l'échantillonnage (critère de Nyquist-Shannon, repliement spectral), la quantification (résolution, pas de quantification) et la résolution du spectre numérique (FFT, fuite spectrale). Les 10 questions du cours sont corrigées en entier, puis 4 exercices d'entraînement. AM2 · P2030 · Semestre 3 — D. Courtois, cours daté du 19/10/2026.

Sommaire du chapitre
📌 Fiche mémo — Électronique numérique
Chaîne d'acquisitiontransducteur → passe-bas anti-repliement → échantillonneur-bloqueur → CAN → traitement/stockage → CNA → filtre → transducteur
Échantillonnage\(t=nT_e\), \(f_e=\dfrac1{T_e}\) ; durée d'acquisition \(\tau=N\,T_e=\dfrac N{f_e}\)
Quantificationrésolution \(p\) bits ⇒ \(2^p\) codes ; pas \(q=\dfrac{\Delta s}{2^p-1}\simeq\dfrac{\Delta s}{2^p}\) ; erreur max \(\dfrac q2\)
Taille d'un fichier\(N\times p\) bits \(\times\) nombre de voies (÷ 8 pour les octets)
Nyquist-Shannon\(f_e>2f_{max}\) (au moins 2 points par période)
Spectre échantillonnéspectre analogique + répliques autour de \(nf_e\) (raies à \(nf_e\pm f\)) ; \(f_{max}<f_e-f_{max}\)
Si Nyquist respectépasse-bas a posteriori \(f_c=f_e/2\) ⇒ reconstitution du signal analogique
Repliement spectral\(f_e<2f_{max}\) : \(f_{alias}=|f-kf_e|\) ; non corrigeable a posteriori ⇒ filtre anti-repliement \(f_c=f_e/2\) avant l'échantillonneur
Résolution du spectre\(\Delta f=\dfrac{f_e}N=\dfrac1\tau\) ; \(N\) fréquences entre 0 et \(f_e\) (utiles : 0 à \(f_e/2\))
Fuite spectraleévitée si \(\tau=N_0T\) (nombre entier de périodes) ; fenêtre de Hann pour lisser les bords
FFT de l'oscilloscope\(f_e=20\,f_{div}\) : les 10 divisions couvrent exactement \([0\,;\,f_e/2]\)
Réflexenumérisation : (1) \(f_{max}\) ⇒ \(f_e\) ; (2) \(N=f_e\tau\) ; (3) \(\Delta f=1/\tau\) ; (4) \(q=\Delta s/(2^p-1)\) et taille \(=N\,p\)

1. Résumé de cours

Source Cours6.pdf, « Ch6 Électronique numérique » (D. Courtois, AEM2 · P2030 · S3, daté du 19/10/2026), 4 pages. Les questions du polycopié (Q1 à Q10) sont corrigées dans la section 2 ; les figures du cours sont reproduites là où elles servent la correction.

1.1 · Généralités

Un signal est une grandeur physique porteuse d'information. Ces grandeurs varient en général continûment dans le temps et l'espace : ce sont des signaux analogiques. On les convertit en tensions électriques (faciles à traiter) avec des capteurs / transducteurs.

Signal analogique / numérique Un signal analogique est une fonction d'une variable réelle (le temps \(t\)) à valeurs dans \(\mathbb R\). Un signal numérique est une suite à valeurs dans un ensemble fini. La numérisation opère donc deux discrétisations : l'une en temps (échantillonnage), l'autre en tension (quantification, avec arrondi), puis les valeurs sont codées en bits (0 et 1).

Intérêts du numérique : stockage, transmission (sans altération) et traitement (filtrage par calcul) facilités.

1.2 · Structure d'une chaîne d'acquisition

  1. conversion du signal physique en signal électrique analogique \(u\) (transducteur) ;
  2. échantillonnage : discrétisation temporelle de \(u\) en un nombre donné de mesures ;
  3. quantification : on assigne à chaque mesure une valeur discrète ;
  4. traitement numérique (filtrage, analyse), stockage ou transmission ;
  5. (optionnel) conversion numérique-analogique + transduction pour restituer une réponse analogique.
Chaîne d'acquisition : transducteur d'entrée, filtre passe-bas anti-repliement, échantillonneur, CAN, traitement numérique, CNA, filtrage et amplification, transducteur de sortie
Chaîne d'acquisition complète (Cours6, §1.2).

1.3 · Les deux grandes étapes : échantillonnage et quantification

Échantillonnage (+ blocage) On prend périodiquement une mesure du signal aux dates \(t=nT_e\) (\(n\) entier), avec \(T_e\) la période d'échantillonnage et \(f_e=1/T_e\) la fréquence d'échantillonnage. L'opération est réalisée par un interrupteur commandé, l'échantillonneur-bloqueur (le blocage maintient la valeur pendant la conversion). Si le CAN peut prélever au plus \(N\) échantillons, la durée d'acquisition est \[ \tau=N\,T_e=\frac N{f_e}. \]
Quantification (+ codage) On affecte à chaque mesure la valeur discrète la plus proche, à laquelle on associe un nombre binaire : le code de sortie. Le nombre de valeurs possibles dépend de la résolution \(p\) du CAN (nombre de bits) : \(2^p\) codes (par exemple, un CAN de 4 bits donne \(2^4=16\) codes). L'écart entre deux valeurs successives est le pas de quantification (ou quantum) \(q\), déduit de la pleine échelle (plage de conversion) \(\Delta s\) : \[ q=\frac{\Delta s}{2^p-1}\ \simeq\ \frac{\Delta s}{2^p}. \]
Principe de la numérisation : signal analogique, échantillonnage, blocage, quantification, signal numérique, stockage en mémoire
Principe de la numérisation (Cours6, §1.3) : 1. échantillonneur-bloqueur (période \(T_e\)) ; 2. quantification dans le CAN (pas \(q\)) ; 3. stockage.
000 001 010 011 100 101 110 111 code de sortie (p = 3 bits) t (un échantillon tous les Te) — signal analogique ● échantillons ▬ valeur quantifiée (bloquée) q
Échantillonnage et quantification d'un signal avec \(p=3\) bits (8 niveaux) : le signal analogique (bleu) est prélevé aux échantillons (points), puis arrondi au niveau le plus proche (marches rouges) ; l'écart entre deux niveaux est le pas \(q\).

Un CAN se caractérise, outre sa pleine échelle et sa résolution, par sa vitesse et sa précision, qui dépendent de la technologie : les convertisseurs à rampe sont lents mais très précis et bon marché ; ceux à approximations successives sont plus rapides et sont les plus utilisés. (Le polycopié écrit « 10 ms » dans les deux cas, ce qui est manifestement une coquille pour les approximations successives, nettement plus rapides, de l'ordre de la dizaine de µs.)

Bruit de quantification Deux convertisseurs CAN puis CNA en cascade ne restituent pas exactement le signal d'entrée, à cause des arrondis : la perte d'information s'appelle le bruit de quantification (erreur maximale \(q/2\)). C'est largement compensé par les avantages du numérique (transmission et stockage sans altération, traitement facile, autres bruits faciles à éliminer).
CAN suivi d'un CNA : une sinusoïde devient un signal en marches d'escalier
CAN puis CNA (Cours6) : le signal restitué est « en escalier ».

1.4 · Échantillonnage : le critère de Nyquist-Shannon

Le choix de \(f_e\) est un compromis : assez basse pour limiter le nombre d'échantillons \(N\) (donc la taille du fichier) et laisser au CAN le temps de convertir ; assez haute pour refléter correctement les variations du signal (sinon perte d'information).

Critère de Nyquist-Shannon — point de vue temporel Pour numériser correctement une sinusoïde de fréquence \(f\), il faut au minimum deux points par période : \(f_e>2f\). Plus généralement, si \(f_{max}\) est la plus grande fréquence présente dans le spectre de \(s(t)\) : \[ \boxed{f_e>2f_{max}}\ . \] Alors le signal peut être parfaitement reconstitué.
Sinusoïde de 10 kHz échantillonnée à 14,5 kHz (à gauche, insuffisant) et à 52,5 kHz (à droite, suffisant)
Sinusoïde de 10 kHz échantillonnée à 14,5 kHz (insuffisant) et à 52,5 kHz (largement suffisant).

1.5 · Point de vue spectral : répliques et repliement

Il y a une dualité temps-fréquence : une périodicité dans un domaine donne une discrétisation dans l'autre.

Disjonction des spectres Les intervalles spectraux sont disjoints si \(f_{max}<f_e-f_{max}\), soit \(f_e>2f_{max}\). Dans ce cas, un passe-bas a posteriori de fréquence de coupure \(f_c=f_e/2\) élimine les répliques et « retrouve » le signal analogique d'origine.
Repliement spectral Si \(f_e<2f_{max}\), des raies répliquées autour de \(f_e\) empiètent sur \([0,f_{max}]\) : c'est le repliement spectral (aliasing). Il n'est pas corrigeable a posteriori : il doit être anticipé en amont, par un filtre passe-bas anti-repliement de coupure \(f_c=f_e/2\) placé avant l'échantillonneur, au prix d'une perte des hautes fréquences.
Échantillonneur : interrupteur commandé à tn = nTe
Échantillonneur (Cours6, §2.1) : un interrupteur commandé qui se ferme aux dates \(t_n=nT_e\).

1.6 · Résolution du spectre numérique (FFT)

En pratique, on calcule le spectre sur une fenêtre de calcul (une portion de temps = la durée d'acquisition), dont les bords sont lissés pour éviter des effets parasites : l'oscilloscope propose plusieurs fenêtrages (en TP : fenêtre de Hann). Le spectre calculé ne contient que \(N\) fréquences (\(N\) = nombre d'échantillons) entre 0 et \(f_e\), donc sa résolution est fixée par la durée d'acquisition : \[ \boxed{\Delta f=\frac{f_e}{N}=\frac1\tau}\ . \] Pour un spectre précis, l'acquisition doit être longue et contenir un grand nombre de périodes.

Fuite spectrale Quand une fréquence \(f\) du signal ne correspond à aucune fréquence du spectre numérique (multiple de \(\Delta f\)), son pic est éclaté en plusieurs pics séparés de \(\Delta f\) autour de la fréquence absente : c'est la fuite spectrale. Elle est évitée en calculant le spectre sur un nombre entier de périodes : \(\tau=N_0T\) avec \(T=1/f\).

2. Applications du cours corrigées (Q1 à Q10)

Les dix questions du polycopié, dans l'ordre. L'énoncé de chaque question est rappelé juste au-dessus de sa correction ; les figures dont la question dépend sont reproduites ou tracées.

Q1 — Transducteurs et conversion énergétique ♦

« Associer les transducteurs suivants à la conversion énergétique adéquate : des écouteurs, une photodiode, une thermorésistance, un cristal piézoélectrique, un capteur à effet Hall et un hydrophone. »

TransducteurConversionRemarque
Écouteursélectrique → acoustique (sonore)transducteur de sortie (après le CNA)
Photodiodelumineuse → électriquephotocourant proportionnel à l'éclairement
Thermorésistance (CTN/CTP)thermique → électriquela résistance varie avec la température ; un montage (diviseur, pont) la convertit en tension
Cristal piézoélectriquemécanique (contrainte, pression) → électriqueréversible : une tension déforme le cristal (quartz, buzzer)
Capteur à effet Hallmagnétique (champ \(B\)) → électriquetension de Hall proportionnelle à \(B\)
Hydrophoneacoustique sous-marine (pression) → électrique« microphone » immergé, souvent à céramique piézoélectrique
Q2 — Numérisation dans le temps et dans l'espace ♦

« Citer un exemple où un signal analogique est numérisé dans le temps et un exemple où un signal analogique est numérisé dans l'espace. »

  • Dans le temps : un enregistrement audio (la tension du microphone est mesurée 44 100 fois par seconde pour un CD, \(T_e\approx22{,}7\ \mu\text{s}\)) ; un relevé de température toutes les minutes ; un électrocardiogramme.
  • Dans l'espace : une image numérique (le capteur CCD/CMOS d'un appareil photo mesure l'éclairement en un nombre fini de points, les pixels, régulièrement espacés) ; un scanner ; une carte de pression échantillonnée sur une grille de capteurs.

Dans les deux cas : discrétisation de la variable (temps ou position), puis quantification de la grandeur mesurée.

Q3 — La chaîne d'acquisition ♦♦
Chaîne d'acquisition
Énoncé (Cours6, Q3) — schéma de la chaîne d'acquisition.

« a) Donner le nom et les signaux convertis des deux transducteurs. b) Retrouver le bloc de la discrétisation temporelle et expliquer les symboles qu'il contient. c) Retrouver le bloc de la quantification. d) Que signifie CNA ? Que dire du signal en sortie ? e) Lister les blocs impliquant du filtrage ; proposer un intérêt à chacun. »

a) Les deux transducteurs

  • Entrée : un microphone — convertit le signal acoustique (variations de pression) en signal électrique (tension) ;
  • Sortie : un haut-parleur (ou casque) — convertit la tension électrique en signal acoustique.

b) Discrétisation temporelle

C'est le bloc « Échantillonneur », noté \(T_e=1/f_e\).

Il contient deux symboles : \(T_e=1/f_e\) (période et fréquence d'échantillonnage : un prélèvement toutes les \(T_e\)) et un interrupteur (symbole du contact) : c'est l'interrupteur commandé qui se ferme brièvement aux dates \(t=nT_e\) pour laisser passer la valeur du signal, puis s'ouvre ; le blocage maintient la valeur le temps de la conversion.

c) Quantification

Elle a lieu dans le bloc « CAN » (convertisseur analogique-numérique) : c'est lui qui assigne à chaque échantillon une valeur discrète et le code binaire associé.

d) CNA

CNA = convertisseur numérique-analogique. Sa sortie est un signal analogique (tension), mais en marches d'escalier (valeurs bloquées) : il reste des « crans » de quantification et des répliques spectrales à lisser.

e) Blocs impliquant du filtrage

BlocIntérêt
Filtre passe-bas anti-repliement (\(f_c<f_e/2\)), avant l'échantillonneursupprimer les fréquences \(>f_e/2\) qui, sinon, se replieraient dans la bande utile (repliement spectral, non corrigeable après coup)
Traitement numérique (analyse, filtrage…)filtrage par calcul du signal numérisé (filtres numériques : suppression du bruit, sélection d'une bande, etc.)
Filtrage éventuel et amplification, après le CNAlisser les marches d'escalier et éliminer les répliques spectrales (filtre de reconstruction), puis amplifier pour attaquer le transducteur de sortie
Q4 — Vitesse du CAN ♦

« Pourquoi la vitesse du CAN est-elle un critère important ? »

Le CAN doit terminer la conversion d'un échantillon avant l'arrivée du suivant : son temps de conversion \(t_{conv}\) doit vérifier \(t_{conv}<T_e=1/f_e\), donc \(f_e<1/t_{conv}\). La vitesse du CAN limite la fréquence d'échantillonnage maximale, et donc, par Nyquist-Shannon, la fréquence maximale \(f_{max}<f_e/2\) des signaux qu'on peut numériser correctement.

Un CAN lent ne peut numériser que des signaux lents ; un CAN rapide est nécessaire pour l'audio, la vidéo, les signaux haute fréquence.

Compromis : les CAN rapides (approximations successives) sont plus chers/moins précis que les CAN à rampe (lents, très précis, bon marché).

Q5 — Taille d'un fichier musical ♦

« Calculer la taille d'un fichier numérique (en Mo) d'un morceau de musique de 3 minutes numérisé à 80 kHz avec un CAN 8 bits. »

Données. Durée \(\tau=3\ \text{min}=180\) s ; \(f_e=80\) kHz \(=8{,}0\times10^4\) Hz ; résolution \(p=8\) bits \(=1\) octet par échantillon.

Nombre d'échantillons. \(N=f_e\,\tau=8{,}0\times10^4\times180=1{,}44\times10^7\).

Taille. \(N\times p=1{,}44\times10^7\times8\) bits \(=1{,}152\times10^8\) bits \(=1{,}44\times10^7\) octets.

Taille \(\approx\mathbf{14{,}4\ Mo}\) (\(1\ \text{Mo}=10^6\) octets), soit \(\approx13{,}7\) Mio. (Pour un signal mono ; en stéréo, on double.)
Vérification Nyquist \(f_e=80\) kHz \(>2\times20\) kHz (limite de l'audition) : la musique est bien échantillonnée. Pour comparaison, un CD utilise 44,1 kHz et 16 bits.
Q6 — Voltmètre numérique 6 bits ♦♦

« On dispose d'un voltmètre numérique de résolution 6 bits. Pour mesurer une tension dont la valeur vraie est 154,45 mV, on se place sur le calibre 0–200 mV. Calculer le pas de quantification, la valeur affichée par le voltmètre et affecter le code de sortie binaire correspondant. »

1) Pas de quantification. \(p=6\) : \(2^6=64\) codes (de 0 à 63), pleine échelle \(\Delta s=200\) mV :

\[ q=\frac{\Delta s}{2^p-1}=\frac{200}{63}\approx3{,}17\ \text{mV}\qquad\Bigl(\text{et }\tfrac{\Delta s}{2^p}=3{,}125\ \text{mV avec l'approximation}\Bigr). \]

2) Valeur affichée. Nombre de pas dans la valeur vraie : \(\dfrac{154{,}45}{3{,}1746}=48{,}65\). On prend la valeur discrète la plus proche : \(n=49\).

\[ U_{aff}=49\times3{,}1746\approx\mathbf{155{,}6\ mV}\quad(\text{erreur }+1{,}1\ \text{mV}<q/2=1{,}59\ \text{mV},\ \text{soit }0{,}7\ \%). \]

3) Code binaire. \(49=32+16+1=2^5+2^4+2^0\) :

Code de sortie : 110001 (6 bits), c'est-à-dire \(49_{10}\).

Avec l'approximation \(q=3{,}125\) mV : \(154{,}45/3{,}125=49{,}4\to49\) donc le même code 110001, affichage \(49\times3{,}125=153{,}1\) mV : les deux conventions donnent le même code, à \(q/2\) près sur la valeur affichée.

Piège On arrondit au plus proche, on ne tronque pas : \(48{,}65\to49\) et non 48. Et le code d'un CAN \(p\) bits va de 0 à \(2^p-1\) (ici 63), pas jusqu'à \(2^p\).
Q7 — Spectre échantillonné : répliques et filtre passe-bas ♦♦
Deux graphiques d'amplitude en fonction de la fréquence : spectre analogique entre 1 et 3,5 kHz, fe = 10 kHz, 2fe = 20 kHz ; à droite le spectre avec répliques
Énoncé (Cours6, Q7) — graphiques à compléter (\(f_e=10\) kHz).

« Compléter le(s) graphique(s) pour illustrer correctement les explications ci-dessus. »

Lecture. Le spectre analogique (en bleu) occupe \([1\,;\,3{,}5]\) kHz : il vaut 4 V à 1 kHz, décroît jusqu'à 2 V à 2 kHz, reste à 2 V jusqu'à 3 kHz, puis tombe à 0 à 3,5 kHz. Donc \(f_{max}=3{,}5\) kHz, et \(f_e=10\) kHz \(>2f_{max}=7\) kHz : Nyquist-Shannon est respecté.

Construction. Le spectre échantillonné contient le spectre analogique et ses répliques autour de \(f_e\), \(2f_e\)… : chaque réplique est la copie du spectre analogique (côté \(+f\)) et son image miroir (côté \(-f\)) :

  • autour de \(f_e=10\) kHz : \(f_e+f\) (de 11 à 13,5 kHz, copie directe) et \(f_e-f\) (de 6,5 à 9 kHz, miroir) ;
  • autour de \(2f_e=20\) kHz : \(2f_e-f\) (de 16,5 à 19 kHz) et \(2f_e+f\) (de 21 à 23,5 kHz, hors du cadre du graphe fourni).
0 1 2 3 4 5 0 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 22 24 f (kHz) amplitude (V) fc = fe/2 fe 2fe spectre analogique fe − f fe + f 2fe − f 2fe + f seule la bande [0 ; fe/2] est conservée par le filtre passe-bas
Spectre échantillonné (\(f_e=10\) kHz) : spectre analogique en bleu, répliques en vert autour de \(f_e\) et \(2f_e\) (côtés \(f_e\pm f\), \(2f_e\pm f\)), bande conservée par le passe-bas \(f_c=f_e/2\) en vert d'eau.
Les intervalles ne se recouvrent pas car \(f_{max}=3{,}5\ \text{kHz}<f_e-f_{max}=6{,}5\ \text{kHz}\). Un filtre passe-bas de coupure \(f_c=f_e/2=5\) kHz (bande verte) ne garde que le spectre analogique d'origine et élimine toutes les répliques : le signal analogique est parfaitement retrouvé.
Q8 — Le repliement spectral ♦♦

« Schématiser la situation du repliement spectral (comme précédemment, avec \(f_e=10\) kHz mais maintenant avec \(f_{max}=7\) kHz). »

Ici \(f_{max}=7\ \text{kHz}>f_e/2=5\) kHz : Nyquist-Shannon n'est pas respecté (\(f_e=10<2f_{max}=14\) kHz). La réplique \(f_e-f\) s'étend de \(f_e-f_{max}=3\) kHz à \(f_e=10\) kHz, alors que le spectre analogique occupe de 0 à 7 kHz : les deux se recouvrent entre 3 et 7 kHz.

0 1 2 3 4 5 0 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 f (kHz) amplitude (V) fe/2 = 5 kHz fe recouvrement 3 → 7 kHz : repliement spectral spectre analogique réplique fe + f réplique fe − f
Repliement spectral pour \(f_{max}=7\) kHz et \(f_e=10\) kHz : la réplique \(f_e-f\) (de 3 à 10 kHz) recouvre le spectre analogique (de 0 à 7 kHz) entre 3 et 7 kHz.
Dans la zone de recouvrement, une composante à la fréquence \(f\in[3\,;7]\) kHz est confondue avec sa réplique de fréquence \(f_e-f\in[3\,;7]\) kHz : par exemple 7 kHz apparaît à \(10-7=3\) kHz. Les hautes fréquences se « replient » dans la bande utile ; l'information est perdue et ne peut plus être corrigée par un filtre passe-bas a posteriori.
Remède Placer avant l'échantillonneur un filtre passe-bas anti-repliement de coupure \(f_c=f_e/2=5\) kHz : on perd les composantes entre 5 et 7 kHz, mais on évite qu'elles viennent polluer la bande \([0\,;5]\) kHz ; ou bien augmenter \(f_e\) au-dessus de 14 kHz.
Q9 — La FFT de l'oscilloscope : \(f_e=20\,f_{div}\) ♦

« Quand on effectue une FFT avec les oscilloscopes du labo, la fréquence d'échantillonnage utilisée dépend de l'échelle choisie \(f_{div}\) (en Hz/div), de sorte que \(f_e=20\times f_{div}\). Quel est l'intérêt d'un tel rapport ? »

L'écran compte 10 divisions horizontales. L'axe des fréquences affiché va donc de 0 à \(10\,f_{div}\) :

\[ 10\,f_{div}=\frac{20\,f_{div}}2=\frac{f_e}2 . \]
Les 10 divisions de l'écran couvrent exactement \([0\,;\,f_e/2]\) : toute la bande où le spectre est utilisable (au-dessus de \(f_e/2\), il n'y a que des répliques / images miroir). Le rapport 20 garantit donc que tout ce qui est affiché respecte Nyquist-Shannon (pas de repliement visible) et que tout le spectre utile est affiché, sans gaspiller d'espace écran.

En pratique : on choisit \(f_{div}\) tel que \(10\,f_{div}>f_{max}\) du signal, et l'oscilloscope règle seul \(f_e=20f_{div}\).

Q10 — Nombre d'échantillons et fréquences du spectre ♦

« On considère un signal échantillonné à 100 kHz pendant 500 ms. Combien d'échantillons auront été enregistrés ? Quelles seront les fréquences possiblement présentes dans le spectre ? »

Échantillons. \(N=f_e\,\tau=100\times10^3\times0{,}5=\mathbf{5{,}0\times10^4}\) échantillons.

Résolution. \(\Delta f=\dfrac1\tau=\dfrac1{0{,}5}=2\ \text{Hz}\) (ou \(\dfrac{f_e}N=\dfrac{10^5}{5\times10^4}=2\) Hz ✓).

Le spectre contient \(N=50\,000\) fréquences, multiples de 2 Hz : \(f_k=k\times2\ \text{Hz}\), \(k=0,1,\dots,49\,999\), soit de 0 à 99 998 Hz. Seules celles de 0 à \(f_e/2=50\) kHz (25 000 fréquences) sont exploitables : au-delà, ce sont les images miroir.
Conséquence Une composante de fréquence non multiple de 2 Hz (par exemple 1 001 Hz) tombe entre deux fréquences calculées : son pic est éclaté (fuite spectrale). Pour l'éviter, il faut un nombre entier de périodes dans la fenêtre : \(\tau=N_0T\).

3. Exercices d'entraînement créés

Quatre exercices pour fixer les calculs types du chapitre. Toutes les valeurs numériques ont été vérifiées par calcul.

Ex 1 — Dimensionner la numérisation d'un signal audio ♦♦

Un microphone délivre une tension comprise entre \(-1\) V et \(+1\) V. On le numérise avec un CAN de 16 bits, à \(f_e=44{,}1\) kHz, en stéréo, pendant 4 minutes. (1) Pas de quantification ? (2) Nombre minimal de bits pour \(q\le100\ \mu\)V ? (3) Taille du fichier et débit ? (4) Fréquence de coupure du filtre anti-repliement pour un signal audio jusqu'à 20 kHz ?

1) Pas de quantification

\(\Delta s=2\) V, \(p=16\) : \(\ q=\dfrac{2}{2^{16}-1}=\dfrac2{65\,535}\approx\mathbf{30{,}5\ \mu V}\).

2) Bits minimaux pour \(q\le100\ \mu\)V

\(\dfrac2{2^p-1}\le10^{-4}\iff2^p-1\ge20\,000\iff2^p\ge20\,001\iff p\ge\log_2(20\,001)\approx14{,}29\). Donc :

\(p=\mathbf{15}\) bits (\(q=61\ \mu\)V) ; avec 14 bits, \(q=2/16\,383=122\ \mu\)V \(>100\ \mu\)V : insuffisant.

3) Taille du fichier et débit

\(\tau=4\times60=240\) s ; \(N=240\times44\,100=10\,584\,000\) échantillons par voie. Deux voies, 16 bits :

\[ \text{taille}=10\,584\,000\times2\times16=3{,}387\times10^8\ \text{bits}=4{,}23\times10^7\ \text{octets}\approx\mathbf{42{,}3\ Mo}\ (40{,}4\ \text{Mio}). \]
Débit : \(44\,100\times16\times2=1\,411\,200\) bit/s \(\approx\mathbf{1{,}41\ Mbit/s}\) : c'est le débit d'un CD audio.

4) Filtre anti-repliement

Nyquist : \(f_e=44{,}1\ \text{kHz}>2\times20=40\) kHz ✓. Le filtre passe-bas placé avant l'échantillonneur a pour coupure \(f_c=\dfrac{f_e}2=\mathbf{22{,}05\ kHz}\) : il laisse passer toute la bande audio (jusqu'à 20 kHz) et élimine ce qui dépasse \(f_e/2\). L'écart entre 20 et 22,05 kHz laisse la place à la pente non idéale du filtre.

Ex 2 — Voltmètre numérique 8 bits ♦

Un voltmètre numérique 8 bits, calibre 0–5 V, mesure une tension vraie de 3,30 V. (1) Pas de quantification ? (2) Valeur affichée et code binaire ? (3) Erreur de quantification maximale ? (4) Combien de bits faut-il pour \(q\le1\) mV sur ce calibre ?

1) Pas de quantification

\(q=\dfrac{5}{2^8-1}=\dfrac5{255}\approx\mathbf{19{,}6\ mV}\).

2) Valeur affichée et code

\(\dfrac{3{,}30}{0{,}019608}=168{,}3\ \to\ n=168\). Valeur affichée \(=168\times19{,}608\ \text{mV}\approx\mathbf{3{,}294\ V}\). Code : \(168=128+32+8=2^7+2^5+2^3\) :

Code de sortie : 10101000 (8 bits) ; affichage 3,294 V ; erreur \(-5{,}9\) mV.

3) Erreur maximale

L'arrondi au plus proche donne une erreur au plus égale à \(q/2\) :

\(\varepsilon_{max}=\dfrac q2\approx9{,}8\ \text{mV}\) (soit \(0{,}2\ \%\) de la pleine échelle) ; l'erreur de 5,9 mV obtenue est bien inférieure.

4) Bits nécessaires pour \(q\le1\) mV

\(\dfrac5{2^p-1}\le10^{-3}\iff2^p-1\ge5\,000\iff p\ge\log_2(5\,001)\approx12{,}29\).

\(p=\mathbf{13}\) bits (\(q=5/8\,191=0{,}61\) mV) ; avec 12 bits \(q=1{,}22\) mV \(>1\) mV : insuffisant.
Ex 3 — Repliement d'une sinusoïde de 7 kHz ♦♦♦

Un signal \(s(t)=\sin(2\pi f t)\) avec \(f=7\) kHz est échantillonné à \(f_e=10\) kHz. (1) Nyquist-Shannon est-il respecté ? (2) Placer les raies du spectre échantillonné et la fréquence apparente. (3) Montrer par le calcul que les échantillons sont ceux d'une sinusoïde de 3 kHz. (4) Que se passerait-il pour \(f=10\) kHz échantillonné à \(f_e=14{,}5\) kHz (figure du cours) ? (5) Remèdes.

1) Critère de Nyquist-Shannon

\(2f=14\) kHz \(>f_e=10\) kHz : non respecté (il faudrait \(f_e>14\) kHz). Il y a repliement.

2) Spectre échantillonné

Raies à \(nf_e\pm f\) : 7 kHz (signal), \(f_e-7=3\) kHz, \(f_e+7=17\) kHz, \(2f_e-7=13\) kHz, \(2f_e+7=27\) kHz… Dans la bande \([0\,;f_e/2]=[0\,;5]\) kHz (celle que l'on « voit » après reconstruction), la seule raie est à 3 kHz : c'est la fréquence apparente (l'alias), \(f_{alias}=|f-kf_e|=|7-10|=3\) kHz.

3) Calcul sur les échantillons

Aux dates \(t_n=nT_e=n/10^4\) s :

\[ s_n=\sin\Bigl(2\pi\frac{7000\,n}{10\,000}\Bigr)=\sin(1{,}4\pi n)=\sin(1{,}4\pi n-2\pi n)=\sin(-0{,}6\pi n)=-\sin\Bigl(2\pi\frac{3000\,n}{10\,000}\Bigr). \]

Les échantillons de la sinusoïde de 7 kHz sont exactement ceux de \(-\sin(2\pi\cdot3000\,t)\) (alias à 3 kHz, de phase inversée).

−1 0 1 0,0 0,2 0,4 0,6 0,8 1,0 t (ms) — signal 7 kHz - - alias à 3 kHz ● échantillons à fe = 10 kHz
Signal de 7 kHz (bleu) échantillonné à 10 kHz (points) : les points se trouvent aussi sur la sinusoïde de 3 kHz de phase inversée (rouge pointillé) — c'est l'alias.
Un signal à 7 kHz, sous-échantillonné à 10 kHz, est indiscernable (à partir des échantillons seuls) d'un signal à 3 kHz.

4) Cas du cours : 10 kHz à 14,5 kHz

\(2f=20>14{,}5\) : repliement. Alias \(=|10-14{,}5|=4{,}5\) kHz : l'allure « à gauche » de la figure du cours, avec une enveloppe à basse fréquence qui n'est pas celle du signal. À \(f_e=52{,}5\) kHz \(>20\) kHz : correct (à droite).

5) Remèdes

  • filtrer avant l'échantillonneur : passe-bas anti-repliement de coupure \(f_c<f_e/2=5\) kHz, qui supprime la composante à 7 kHz ;
  • ou augmenter \(f_e\) au-dessus de 14 kHz.
Piège Une fois échantillonné, on ne peut pas dire si la composante à 3 kHz est réelle ou si elle est l'alias d'une composante à 7, 13 ou 17 kHz : d'où la nécessité du filtre anti-repliement en amont.
Ex 4 — FFT à l'oscilloscope : résolution et fuite spectrale ♦♦♦

L'oscilloscope calcule une FFT sur \(N=10\,000\) échantillons avec l'échelle \(f_{div}=500\) Hz/div. (1) \(f_e\), durée d'acquisition, résolution, plage de fréquences affichée ? (2) On injecte une sinusoïde de 1 000 Hz : que voit-on ? (3) Et pour 1 000,5 Hz ? (4) Comment supprimer la fuite pour 1 000,5 Hz ? (5) Peut-on séparer deux raies à 1 000 et 1 002 Hz ?

1) Paramètres de la FFT

\(f_e=20f_{div}=20\times500=10\ \text{kHz}\) ; \(\tau=\dfrac N{f_e}=\dfrac{10\,000}{10\,000}=\mathbf{1\ s}\) ; \(\Delta f=\dfrac1\tau=\mathbf{1\ Hz}\). Plage affichée : \(10\,f_{div}=5\) kHz \(=f_e/2\) (cf. Q9).

2) Sinusoïde de 1 000 Hz

\(f\tau=1000\) périodes entières dans la fenêtre et 1 000 Hz est un multiple de \(\Delta f=1\) Hz : on voit une seule raie fine à 1 000 Hz (pas de fuite).

3) Sinusoïde de 1 000,5 Hz

\(f\tau=1\,000{,}5\) périodes : non entier. 1 000,5 Hz n'est pas un multiple de \(\Delta f=1\) Hz (les fréquences calculées sont 1000 et 1001 Hz) : le pic est éclaté en plusieurs pics autour (fuite spectrale), d'amplitude diminuée à chaque fréquence calculée.

4) Suppression de la fuite

Il faut un nombre entier de périodes : \(\tau=N_0T=N_0/f\). Avec \(f=1\,000{,}5\) Hz, \(N_0=2001\) donne \(\tau=2001/1000{,}5=2\) s :

On double la durée d'acquisition : \(\tau=2\) s, soit \(N=f_e\tau=20\,000\) échantillons ; alors \(\Delta f=0{,}5\) Hz et 1 000,5 Hz est un multiple de \(\Delta f\) : raie unique.

5) Résolution de deux raies

L'écart 2 Hz vaut deux fois \(\Delta f=1\) Hz : les deux raies tombent sur deux fréquences calculées distinctes (1 000 et 1 002 Hz), séparées par une fréquence intermédiaire (1 001 Hz) : on peut les séparer. Avec \(\tau=0{,}5\) s (\(\Delta f=2\) Hz) elles seraient côte à côte, à la limite de la résolution. En règle générale, plus l'écart entre deux raies est petit, plus il faut une durée d'acquisition longue (\(\tau\) grand devant l'inverse de l'écart).

📂 Documents donnés

Feuille officielle de D. Courtois, récupérée sur Moodle (AM2 · Électronique · Chapitre 6). Cliquez pour ouvrir.

Cursus AM2 · P2030 · Semestre 3 · Partie Électronique, D. Courtois. Ce chapitre fait suite au Ch5 — Oscillateurs auto-entretenus ; la résolution du spectre est utilisée dans les FFT des TP d'électronique.